Les inscriptions à la nouvelle école d’agriculture Hectar, à Lévis-Saint-Nom (Yvelines), ouvriront en juin 2021 mais le campus du Domaine de la Boissières est encore en pleins travaux.

C’est sur cet ensemble agricole avec manoir de plus de six cents hectares que doit s’implanter cette école dans la vallée de Chevreuse, au sud-ouest de Paris. À la tête de ce projet, Audrey Bourolleau n’est pas une inconnue du monde agricole.

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Conseillère agricole

Petite-fille d’agriculteurs, née à Niort (Deux-Sèvres) et diplômée de l’École supérieure de commerce de La Rochelle, Audrey Bourolleau a fait son entrée dans le monde du vin en dirigeant le syndicat des côtes de Bordeaux à partir de 2010.

Deux ans plus tard, elle est devenue déléguée générale de Vin et Société, structure de défense des intérêts du secteur. Puis elle a rejoint, au début de 2016, l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Après l’élection présidentielle, elle a été chargée des questions agricoles à l’Elysée jusqu’en juillet 2019.

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Une formation pour adultes

À la fin de 2019, elle annonce son projet de fonder une nouvelle école d’agriculture qui a pris depuis le nom de Hectar. L’achat du domaine a coûté 19 millions d’euros et les travaux cinq millions de plus. L’objectif affiché du projet Hectar est de « sensibiliser ou former deux mille personnes par an » aux métiers de la sphère agricole. Le programme phare de l’école sera tourné vers la formation d’adultes désireux de se reconvertir dans l’agriculture. D’une durée de six mois, « gratuite pour l’apprenant », elle sera dispensée par des agriculteurs et des formateurs professionnels.

« Nous sommes confrontés à un défi de génération très conséquent. En France, 160 000 fermes sont à reprendre d’ici à trois ans. Il faut former la prochaine génération », souligne Audrey Bourolleau. Pour les nouveaux entrants qui ne seront pas « dans un schéma de transmission familiale, la marche va être très haute ». « Il faut leur donner des modèles qui tournent économiquement, soient socialement justes et durables. Ce que nous voulons leur donner, c’est vraiment une posture de chef d’entreprise agricole », explique-t-elle.

Face aux défis climatiques, l’école entend mettre l’accent sur les techniques de préservation des sols agricoles. Hectar proposera aussi des formations sur le salariat agricole, en manque de bras.

Un partenariat avec Xavier Niel

En mars, la révélation par le magazine Capital du projet Hectar avait suscité des critiques. La chambre d’agriculture, la FRSEA et les Jeunes Agriculteurs de l’Île-de-France s’étaient interrogés « sur sa finalité idéologique ». C’est l’investisseur aux côtés d’Audrey Bourolleau qui avait suscité des questions : l’actionnaire de Free, Xavier Niel, qui est engagé pour les alternatives à la viande.

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Audrey Bourolleau et Xavier Niel se sont associés dans une société S4H, détenue à 51 % par Audrey Bourolleau et à 49 % par NJJ Exclusive, la holding personnelle du fondateur et principal actionnaire d’Iliad (Free). « Xavier Niel a toujours eu l’engagement de former dans des formats très agiles et innovants, comme ce qu’il a pu faire avec l’école 42 », relève Audrey Bourolleau.

En témoigne l’école 42, créée en 2013 à Paris et qui forme gratuitement de jeunes développeurs informatiques. Elle a essaimé depuis en province et à l’étranger. Le campus Hectar accueillera également « un accélérateur d’innovation et de start-up » dans le domaine agricole. « Un peu dans l’esprit de ce qu’a fait Xavier Niel avec la Station F » à Paris.

Une ferme écrin

Pourtant, l’école Hectar n’exclura pas l’élevage de son parcours. « Nous avons remis en place de l’élevage sur une ferme qui ne faisait plus que de la grande culture », répond Audrey Bourolleau. Le troupeau comprend des vaches laitières et l’exploitation se dotera d’une laiterie en 2022.

Hectar, c’est aussi une « ferme écrin » dont Audrey Bourolleau est « la cheffe d’entreprise ».

« Nous avons fait le choix d’être en bio et en agriculture régénératrice, c’est-à-dire que nous ne labourons pas les sols », explique l’ancienne conseillère, qui habite sur le domaine avec son mari et ses deux jeunes enfants. Et qui consent à donner un objectif : « Si nous arrivons déjà à installer trente porteurs de projet par an sur l’Île-de-France, ce serait super », dit-elle.

Éric Young, d’après l’AFP