La tension commerciale inquiétait les places boursières mondiales, particulièrement en Chine, où Shanghai a clôturé en repli de près de 4 %, à son plus bas niveau depuis septembre 2016, tandis que la Bourse de Shenzhen, deuxième place de Chine continentale a chuté de 5,77 %. Donald Trump a demandé hier, le 18 juin, à son représentant au commerce Robert Lighthizer « d’identifier 200 milliards de dollars de biens chinois en vue de tarifs [douaniers] supplémentaires de 10 % ».

Des mesures de rétorsion « inacceptables »

Pourquoi ? Pour compenser les mesures de rétorsion « inacceptables » prises par Pékin face à une première série de taxes américaines décidées vendredi. Et le président américain pourrait aller encore plus loin : il taxera 200 milliards de dollars de biens supplémentaires « si la Chine augmente à nouveau ses tarifs douaniers » en réaction. Ces mesures pourraient porter à 450 milliards la valeur des produits chinois taxés -- soit la grande majorité des importations venues de Chine.

« Ces pratiques de pression extrême et de chantage s’écartent du consensus auquel les deux parties sont parvenues à maintes reprises durant leurs consultations » ces dernières semaines, dénonce le ministère chinois du Commerce. Si les États-Unis perdent le sens commun et publient une liste [de produits visés], la Chine se verra dans l’obligation d’adopter une combinaison de mesures quantitatives et qualitatives en forme de représailles énergiques. »

L’escalade

En annonçant vendredi des droits de douane de 25 % sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises, pour compenser selon lui le vol par la Chine de technologies et de propriété intellectuelle américaines, Donald Trump avait prévenu : si Pékin venait à répliquer, il imposerait des droits de douane additionnels. Une menace à laquelle le géant asiatique est resté sourd puisqu’il a annoncé dans la foulée qu’il imposerait des taxes à l’identique sur des marchandises américaines.

« Des mesures supplémentaires doivent être prises pour encourager la Chine à changer ses pratiques déloyales et à ouvrir son marché aux biens américains », a justifié lundi soir Donald Trump dans un communiqué. « Cette escalade dangereuse est l’ultime rappel que le Congrès doit intervenir et exercer son autorité sur la politique commerciale », a fustigé dans un communiqué la National Retail Federation (NRF), un lobby américain de la distribution.

Environ 455 000 emplois américains sont menacés par les dernières mesures punitives contre la Chine, selon la NRF, qui estime qu’une autre conséquence va être une hausse du prix des produits de base. En 2017, les États-Unis ont exporté pour 130,4 milliards de dollars de marchandises vers la Chine. Ils ont importé dans le même temps 505,6 milliards de biens chinois, selon les statistiques du département du Commerce. Soit un déficit de plus de 375 milliards.

Peu d’options pour la Chine

« La Chine n’a pas énormément d’options, car elle importe peu des États-Unis et n’a pas davantage de marchandises à taxer, estime Christopher Balding, économiste à l’École de commerce HSBC à Shenzhen, dans le sud de la Chine. Elle peut lancer des enquêtes sur toutes les entreprises liées aux États-Unis, mais cela ne ferait que donner raison à Trump. À bien des égards, la Chine n’a pas beaucoup de force de frappe en matière de représailles. »

« Les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine doivent être bien plus équitables », a martelé lundi Donald Trump. L’administration Trump doit en outre publier d’ici le 30 juin des mesures de restrictions aux investissements chinois. Aux États-Unis, la politique commerciale américaine suscite des inquiétudes chez les agriculteurs susceptibles d’être les plus durement touchés par les mesures chinoises. Les secteurs automobile et aéronautique redoutent eux aussi les conséquences de ce conflit.

AFP