« Si les agriculteurs français ne font rien, demain un acteur majeur du numérique comme l’américain Google ou le chinois Alibaba mettront la main sur les données issues de nos explorations, s’inquiète Sébastien Windsor, le président de l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) et d’API-Agro. Ils nous expliqueront ensuite quelles décisions nous devront prendre et finiront par nous revendre ces mêmes données. »

C’est le cadre du Salon international de l’agriculture que la FNSEA, l’APCA, l’Acta et une vingtaine de structures privées ont choisi pour le lancement officiel de l’infrastructure Agdatahub, ce 24 Février 2020.

Conserver la maîtrise

« La collecte et l’utilisation des données sont des facteurs d’augmentation de la compétitivité pour nos exploitations agricoles, rappelle Christiane Lambert. Ces données sont structurantes pour la conduite de l’exploitation. »

Encore faut-il en conserver la maîtrise. « Le risque, c’est qu’un constructeur de moissonneuses-batteuses, par exemple, vende les données collectées en temps réel par le capteur de rendement de la machine, explique Sébastien Windsor. Le trader qui met la main sur ces données peut intervenir sur les marchés bien avant les agriculteurs. D’où l’importance de s’assurer que personne ne peut avoir accès aux données brutes sans l’accord de l’agriculteur. »

Standardiser les échanges

Après une première étape avec API-agro, le projet numérique de la profession se matérialise aujourd’hui avec l’infrastructure Agdatahub. Déployée avec des conseillers dans toutes les régions, elle va aider l’agriculteur à reprendre la main sur ses données grâce à un accompagnement personnalisé au développement des activités numériques. Agdatahub se donne également l’ambitieux projet de standardiser toutes les données des exploitations, « ce qui sera une véritable machine de guerre au service de l’agriculture française », s’enthousiasme Henri Bies-Péré.

Gérer les consentements

L’autre volet fondamental d’Agdatahub est la gestion des consentements. « Il est important de collecter et centraliser les consentements des producteurs, insiste Sébastien Windsor. Par exemple, un éleveur doit être en mesure de savoir avec qui il partage les informations collectées par son robot de traite. » Ainsi, Agdatahub prévoit d’administrer l’usage des données via une interface spécifique. Enfin, les données pourront être stockées dans un cloud sécurisé puis échangées et valorisées sur une interface souveraine.

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Corinne Le Gall