« Je veux être le défenseur, le promoteur des agriculteurs et des agricultrices, affirme le nouveau ministre de l’Agriculture invité de l’émission “Le grand entretien” sur France Inter ce matin. Je veux faire en sorte que dans les années qui viennent, ce gouvernement puisse dire que l’agriculture a un avenir et que le métier d’agriculteur est encore un métier d’avenir. »

« La fin des phytosanitaires »

Et comment Didier Guillaume envisage-t-il cette mission ? « Je veux être sous l’autorité du président de la République et du Premier ministre, le ministre des Transitions : transition économique, il faut que les agriculteurs gagnent mieux leur vie, transition environnementale, il faut absolument que de meilleures pratiques, la fin des phytosanitaires arrivent assez rapidement. »

Le ministre évoque aussi une « transition sociale parce qu’il y a trop d’agriculteurs et de salariés de l’agriculture qui vivent mal et il faut leur amener de meilleures conditions. Et enfin, une transition sanitaire parce que la demande de nos concitoyens est tellement forte et irréversible qu’il faut que les produits issus de l’agriculture soient sains, sûrs, avec une traçabilité la plus claire possible. »

Pas d’augmentation des prix à la consommation

Face à ceux, et notamment les distributeurs, qui affirment que la loi agriculture et alimentation se traduira par une augmentation des prix à la consommation, le ministre répond clairement non. « Son premier effet n’a pas lieu car cette loi n’est pas encore promulguée. Elle sera promulguée et je signerai dans les six mois qui viennent les ordonnances. »

Des ordonnances que le ministre entend discuter avec les agriculteurs, les transformateurs et les distributeurs. Pourquoi ? « Parce qu’aujourd’hui, il n’est plus possible d’avoir un métier d’agriculteur où on vend son produit moins cher que ce que ce qu’il ne coûte [à produire], lance le ministre. C’est le seul secteur en France où [on vend les] produits en dessous de leur prix de revient. »

Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que les Français sont prêts à payer plus cher pour avoir des produits de qualité.

Mais alors qui paiera la montée en gamme mise en avant lors des États-généraux de l’alimentation ? « Les industriels et les grandes surfaces, répond le ministre. Les Françaises et les Français ne sont pas fous quand ils achètent leurs produits. Ils se rendent compte de ce qui se passe. Ils veulent avoir des produits de qualité, et ils veulent à la fois que ces produits soient au juste prix. »

Un revenu pour les agriculteurs

Bref, Didier Guillaume défend bec et ongles la construction inversée des prix pour redresser le revenu des agriculteurs sans plomber le pouvoir d’achat des ménages. Mais qu’est-ce qu’un revenu correct pour un agriculteur ? « Un revenu qui permet de faire vivre une famille, de faire vivre un conjoint, une conjointe, des enfants, de prendre quelques jours de vacances », argumente-t-il.

« Il n’y a pas de Smic en agriculture, mais les salariés de ce pays ont un Smic, reprend-il. Donc il est normal que les agriculteurs montent à ce niveau-là. Et justement cette loi alimentation et l’inversion de la construction des prix, on va partir du principe que demain, ce sont les filières, les interprofessions qui vont dire tel produit, il part de chez nous à tel prix. »

Une réforme de la Pac copilotée

Autre question sensible, la Pac. Sera-t-elle négociée avec le ministère de la Transition écologique comme Nicolas Hulot l’avait laissé entendre ? « Comme toutes les négociations européennes, [elle] sera pilotée par la France, par le président de la République, par le Premier ministre, par la ministre des Affaires européennes, évidemment par [François de Rugy] et par moi-même. »

C’est aussi l’occasion pour Didier Guillaume de réaffirmer que « la transition écologique, vers l’agroécologie, est essentielle. Moi qui aie dirigé la Drôme, qui en ait fait le premier département bio de France, non OGM, qui ait créé un salon des techniques alternatives pour ceux qui ne sont pas en bio, pour cultiver mieux, je peux vous dire que cette transition, elle est inéluctable. »

La transition vers le bio est irréversible. La France doit assumer, assurer son autonomie alimentaire. C’est indispensable. Ce sera le débat de la Pac.

Est-ce une remise en cause de l’agriculture conventionnelle ? Le ministre se reprend. « Je défends toutes les agricultures. Nous avons besoin d’une agriculture productive, d’une agriculture qui exporte. Aujourd’hui, la balance commerciale de l’agriculture c’est + 6 milliards d’euros. C’est la troisième balance commerciale, donc il faut continuer dans cette direction. »

Les phytos dans le collimateur

Et qui dit bio, dit phyto. « Nous avons pris la décision d’interdire le métam-sodium pour 3 mois, le temps que l’Anses regarde ce qu’il en est. Si nous devons aller plus loin, et si nous devons l’interdire pour des raisons de sécurité, nous le ferons. La ligne d’horizon, c’est celle-là, mais on ne peut pas tout arrêter en un seul jour. »

L’interdiction du glyphosate annoncée par le président de la République reste l’objectif du ministre. « Nous avons annoncé que les pesticides baisseraient de 25 % en 2022 et 50 % en 2025, ajoute-t-il. Nous allons y arriver. En dehors des pesticides, il y a des façons de faire, des pratiques agraires, des biocontrôles qui font que nous pouvons faire la même chose sans les pesticides. »