L’attractivité de l’enseignement agricole et l’orientation de ses futurs élèves étaient au menu d’une mission d’information du Sénat constituée le 9 février 2021. À écouter les syndicats agricoles auditionnés pour l’occasion le 9 mars 2021, les écueils sont nombreux.

Si le métier va mal, son enseignement aussi

« L’avenir de l’enseignement agricole ira de pair avec l’avenir de l’agriculture. Si on n’est pas capable de valoriser notre métier, on ne sera pas capable de valoriser l’enseignement », juge Joris Miachon, président de la section des jeunes de la Coordination rurale. Un son de cloche partagé par le Modef. « Même si on est très optimistes et si on veut valoriser notre métier, il n’est pas toujours simple de donner envie quand on voit certains chiffres », a souligné Pierre Thomas, président du syndicat en faisant référence aux statistiques des revenus agricoles.

Du côté de la Confédération paysanne, le syndicat alerte sur la nécessité d’apporter une réponse différente à l’attractivité de l’enseignement agricole auprès des jeunes et un public plus âgé en reconversion professionnelle. « En formation initiale, on va être sur une attractivité basé sur un mode d’enseignement, un cadre de vie lié à la spécificité des établissements agricoles », précise Étienne Heulin. Pour lui, un porteur de projet ou une personne en reconversion professionnelle attache davantage d’importance au revenu qu’il pourra cumuler une fois installé et le « sens » qu’il donne à son activité professionnelle.

On aimerait que le modèle des BTSA puisse être dans l’ensemble des diplômesStéphane Cornec, membre du conseil d’administration de Jeunes Agriculteurs

Pour améliorer cette attractivité en « rendant plus lisible » cet enseignement, notamment auprès des élèves non issus du monde agricole, Jeunes Agriculteurs (JA) souhaite étendre le modèle du BTSA. « Le BTSA fonctionne avec un tronc commun et ce sont les options qui font les BTS différents adaptés aux territoires, aux productions, aux commercialisations, à la transformation. On aimerait que le modèle puisse être repris dans l’ensemble des diplômes agricoles », a avancé devant les sénateurs Stéphane Cornec, membre du conseil d’administration du syndicat.

« L’Éducation nationale ne joue pas le jeu »

Mais les établissements de l’enseignement agricole compteraient plus d’élèves si l’Éducation nationale était davantage à la hauteur dans l’orientation de ses élèves, selon les différents syndicalistes. « L’Éducation nationale ne joue pas le jeu, considère Pierre Thomas. Il y a ici ou là des directeurs ou des centres de formation de l’Éducation nationale qui font découvrir les métiers du vivant et agricoles, mais on a encore une image trop négative de ces métiers par l’Éducation nationale ». Pour Marianne Dutoit, membre du conseil d’administration de la FNSEA, « l’orientation se fait par le bas, où on dit à l’élève qui a des difficultés d’aller dans l’enseignement agricole ».

Un reproche partagé par la Coordination rurale. « Les conseillers d’orientation ne considèrent pas suffisamment l’enseignement agricole. Si les budgets alloués à la promotion de l’enseignement agricole pouvaient être augmentés, on en serait ravi », ajoute Joris Miachon.

Pour JA, ce défaut d’orientation s’explique par un manque de ressources disponibles auprès du « personnel de l’Éducation nationale censé accompagner les jeunes pendant l’orientation au moment de la troisième ou après le bac ». « Ils sont souvent bien alimentés par rapport à d’autres voies de professionnalisation. Souvent sur la partie agricole, il n’y a pas grand-chose en documents et en communication entre les établissements généraux et les établissements de l’enseignement agricole. Il faudra créer quelque chose pour que l’information circule mieux », conclut Stéphane Cornec.

Alexis Marcotte