L’urgence face au climat a fait consensus lors du colloque organisé par la Fnab en parallèle de son assemblée générale, sur le thème « L’agriculture biologique, solution face au changement climatique ? ».

Moins d’émissions de gaz à effet de serre ?

« 19 % des gaz à effets de serre (GES) émis découlent des exploitations, explique Antoine Villar, chargé de mission dans le domaine des territoires à la Fnab. On parle uniquement de ce qui se passe à la ferme, et pas de la déforestation importée, ni de la fabrication des engrais de synthèse. Il y a trois gaz principaux : méthane, protoxyde d’azote et dioxyde de carbone (CO2). »

Une étude publiée dans Nature en 2019 montrait que l’agriculture biologique augmenterait la quantité de CO2 dans l’air car, moins productive que l’agriculture conventionnelle, elle demande plus de surface pour un même objectif de production. Antoine Villar affirme le contraire. « L’agriculture biologique en émet moins que le conventionnel. Il n’y a pas de consommation d’engrais de synthèse, un attachement à l’autonomie qui diminue la déforestation importée, plus de prairies… »

Les engrais chimiques pointés du doigt

Pour Anne-Laure Sablé, chargée de campagne dans le domaine de l’agriculture aux Amis de la Terre, il faut cesser la « dépendance aux engrais chimiques ». « Depuis 1960, on a augmenté de 800 % le recours aux engrais azotés de synthèse dans le monde, et les émissions de protoxyde d’azote ont doublé, d’après le dernier rapport du GIEC, rapporte-elle. Ce qui montre aujourd’hui une problématique très importante sur ce GES, au pouvoir réchauffant 300 fois plus important que le CO2. Il est celui qui augmente le plus vite dans les émissions agricoles, notamment en raison de la dépendance assez mortifère de l’agriculture industrielle dans le monde à ces engrais azotés de synthèse. »

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« À la différence des engrais organiques utilisés en AB, les engrais de synthèse sont appliqués en grande quantité pour que la plante puisse en absorber une partie. En France, on apporte en moyenne 86 kg d’azote par hectare, ce qui est beaucoup trop », estime-t-elle. Les Amis de la Terre demandent ainsi la mise en place d’une redevance sur l’utilisation des engrais azotés de synthèse, « pour financer des alternatives comme le développement des légumineuses, et soutenir l’agriculture biologique ».

« On parle du surcoût d’une alimentation biologique. Je prends le problème à l’inverse, et considère le sous-coût de l’agriculture conventionnelle qui n’intègre pas les externalités négatives provoquées par le recours aux engrais chimiques, poursuit-elle. Ils sont composés de nitrates d’ammonium, première cause d’eutrophisation des milieux aquatiques, mais aussi de la formation de particules fines et de pics de pollution. Ce n’est pas intégré dans le prix des aliments. » Il reste la question de l’accès à la matière organique pour fertiliser les terres. « Il faut faire revenir l’élevage dans certaines zones, et le diminuer dans celles où la gestion des effluents pose un problème. »

Le stockage du carbone oui, mais il ne sauvera pas le climat

Face au changement climatique, le stockage du carbone est un enjeu majeur. Sylvain Pellerin, directeur de recherches à l’Inrae, est revenu sur « l’initiative 4 pour 1 000 », autrement dit « si on arrive à augmenter de 4 pour 1 000 le stock de carbone dans le sol, on compensera les émissions anthropiques liées à l’utilisation des énergies fossiles », définit-il. L’Inrae a ainsi travaillé sur le potentiel de stockage des pratiques agricoles.

« Si on met en œuvre ces pratiques stockantes (développer les cultures intermédiaires, l’agroforesterie, remplacer le maïs ensilage par des praires temporaires…) là ou c’est possible, on stocke environ 5 millions de tonnes de carbone supplémentaire par an sur le territoire national, explique-t-il. Ce stockage additionnel compense de l’ordre de 7 % des émissions globales de GES. En France, on ne peut pas arriver à la neutralité carbone en mettant en œuvre des pratiques plus stockantes. Même si cela peut aider, on ne sauvera pas le climat en stockant plus, il faut avant tout réduire nos émissions. »

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Depuis 2019, la séquestration du carbone est valorisée par le label bas-carbone. « Il sera difficile pour les agriculteurs bio, déjà économes en carbone, d’y prétendre, souligne Nicolas Métayer, de Solagro. Le cahier des charges bio impose déjà des pratiques stockantes et le label bas-carbone met en avant ce qui a été fait par rapport à avant. »

Il est à noter qu’un « label haie » existe aussi, intégré dans le label bas-carbone, qui compte 73 exploitations certifiées. Ce label vise à accompagner l’entretien des 750 000 km de haies aujourd’hui présentes en France, et encourager les replantations.

Justine Papin