Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron diffusée le 27 mars 2020 à la presse, la Coordination rurale a réclamé au président de la République des mesures rapides pour soutenir les filières en difficulté à cause de l’épidémie de coronavirus Covid-19. La Confédération paysanne alerte de son côté sur « l’impasse dans laquelle vont se trouver de nombreux paysans ».

Des débouchés limités

Pour la Confédération paysanne, les débouchés ont été limités avant même la crise du confinement. Face aux explosions de vente dans la grande distribution (GMS), celles-ci se sont réapprovisionnées en délaissant « la diversité des gammes tels que les fromages à la coupe et la boucherie traditionnelle ».

De son côté, la Coordination rurale revient sur la fermeture des marchés qui pénalise les producteurs et souligne que peu de communes oseront rouvrir leurs marchés et prendre « le risque d’aller à l’encontre d’une directive gouvernementale très restrictive ».

Des filières fragilisées

L’absence de débouchés affecte notamment la filière apicole. La Coordination rurale explique que ces dernières semaines ont vu s’effondrer de 70 % le chiffre d’affaires des apiculteurs. En élevage ovin, le syndicat évoque une chute de 86 % des abattages français tandis que les importations depuis la Nouvelle-Zélande ont augmenté de 38 %.

La Confédération paysanne souligne les difficultés rencontrées par les éleveurs d’ovins pour écouler les productions, entraînant une hausse de charges conséquente pour l’alimentation et des pertes de chiffre d’affaires. Face à cela, la Coordination rurale demande que 100 % de la viande ovine vendue sur le territoire soit d’origine française.

Elle formule la même demande pour l’approvisionnement en asperges et en fraises, qui souffrent actuellement d’un manque de main-d’œuvre.

En élevage laitier, les deux syndicats font part de leur crainte quant à l’arrêt des collectes qui menace certains producteurs. En parallèle, le pic de production printanier entraîne des excédents de stocks. La Confédération paysanne et la Coordination rurale souhaitent que s’applique à l’échelle européenne un dispositif incitatif de réduction de volumes.

En horticulture, la perte de chiffre d’affaires est estimée entre 70 % et 80 % par rapport à mars 2019. Selon la Coordination rurale, les systèmes d’aides mis en place par le gouvernement seront insuffisants pour remédier aux pertes.

Des aides peu accessibles

L’aide de 1 500 € de l’État ne répond, selon la Coordination rurale, pas à la saisonnalité de toutes les productions car elle se base sur les pertes de chiffre d’affaires de mars 2020 par rapport au chiffre d’affaires de mars 2019.

À lire aussi : Perte de chiffres d’affaires, 1 500 € pour les agriculteurs (25/03/2019)

La Coordination rurale propose donc plusieurs mesures :

  • L’exonération de paiement des cotisations MSA, plus de souplesse pour les mois et années à venir ainsi que l’annulation des poursuites judiciaires de l’année ;
  • Une année blanche pour les impôts, banques, assurances, fournisseurs d’énergie ;
  • L’exonération du versement Casdar et du paiement du solde débiteur pour la TVA ainsi qu’un délai supplémentaire de deux mois pour le dépôt des déclarations ;
  • Le report des déclarations Pac.

Les deux syndicats attendent une reconnaissance du travail mené par les agriculteurs et de leurs efforts. « C’est de vos engagements d’aujourd’hui que dépendra notre alimentation de demain », interpelle Bernard Lannes, le président de la Coordination rurale.

A. Gambarini