« L’objectif qui doit nous mobiliser tous est de ne pas perdre un seul paysan à cause de cette crise », a martelé Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, lors d’une conférence de presse téléphonique le vendredi 10 avril 2020.

Le syndicat a envoyé aux politiques de tous les échelons — depuis l’Élysée jusqu’aux élus des collectivités territoriales, aux parlementaires français et européens et aux différents ministres concernés — un document synthétisant 24 mesures d’urgence pour accompagner le monde agricole au cours de la crise liée au Covid-19. « L’enjeu est double : répondre aux enjeux alimentaires aujourd’hui et conforter l’existence des fermes pour demain. »

L’agriculture, un secteur d’activité « vital »

Tout le monde est appelé à agir avec « responsabilité et solidarité » : prix équitables dans la grande distribution, report des échéances sans intérêts supplémentaires de la part des banques, arrêt des importations de produits non nécessaires afin de soutenir les producteurs nationaux, arrêt de la spéculation sur les produits alimentaires…

Quant à l’État, la Conf’ lui reproche ses contradictions, quand il veut un confinement strict tout en poursuivant certaines activités économiques non vitales (BTP, etc.). « Pour permettre la continuité de l’activité sur les fermes, il faut assurer la protection des gens qui y travaillent, insiste Véronique Marchesseau, secrétaire nationale. Cela veut dire stopper toutes les activités non vitales pour prioriser les moyens de protection pour les secteurs vitaux : la santé d’abord, mais ensuite l’agriculture, y compris l’amont et l’aval. »

La Conf’ demande également que les enfants des agriculteurs puissent être accueillis dans les écoles, comme les enfants des soignants, pour ne pas entraver le travail à la ferme.

Laisser les gens aller à la ferme

La Conf’ critique aussi la fermeture des marchés, « alors qu’on avait travaillé avec la fédération des marchés sur les gestes barrières, bien plus que les grandes surfaces ne l’avaient fait », critique Damien Houdebine, secrétaire national. Le syndicat bataille encore pour rouvrir d’autres marchés et demande un soutien des pouvoirs publics aux initiatives nouvelles de commercialisation.

Autre doléance : « Qu’on laisse les gens aller acheter leurs produits à la ferme, surtout depuis que les marchés sont fermés ! Certains consommateurs ont été verbalisés au motif qu’ils devraient plutôt aller au supermarché, qui est plus proche. »

Réguler collectivement la production

La responsabilité et la solidarité doivent se traduire aussi au niveau des producteurs et transformateurs, par exemple, pour réguler la production laitière pour éviter un effondrement des cours.

« On est conscients du sacrifice que cela représente pour les producteurs, surtout en cette saison où commencent les mises à l’herbe, mais on pense qu’il vaut mieux que tout le monde fasse un effort aujourd’hui plutôt que la moitié reste sur le carreau à l’issue de la crise », explique Denis Perreau, secrétaire national de la Confédération paysanne.

« Mieux vaut ralentir la production aujourd’hui avec les moyens techniques disponibles que de continuer à produire pour détruire ensuite : ce serait un très mauvais signal à envoyer au consommateur », abonde Nicolas Girod. Pour la filière de la viande, le syndicat demande une aide au stockage et à la congélation afin de désengorger le marché.

Souplesse sur les déclarations Pac

Le syndicat demande aussi que les effectifs de l’État affectés à l’instruction des dossiers Pac soient renforcés afin d’éviter tout retard de paiement et que la souplesse soit de mise dans les déclarations, car « il y a de grandes incertitudes sur ce que sera la prochaine campagne ».

Reconnecter les filières aux territoires

« Cette crise doit nous amener à nous poser collectivement les bonnes questions », reprend le porte-parole du syndicat. « On se rend compte aujourd’hui que certaines filières sont déconnectées des enjeux alimentaires territoriaux, et qu’il n’est pas facile, dans l’urgence, de s’y reconnecter. » Les réponses que propose la Conf’ tournent autour de trois principes : relocalisation, souveraineté alimentaire et résilience.

« Au-delà de la reconnaissance citoyenne qu’on observe déjà, l’agriculture doit bénéficier d’une reconnaissance politique, conclut Nicolas Girod. Ces 24 mesures visent à protéger nos métiers qui sont d’utilité publique. »

B. Lafeuille