Face à l’épidémie de Covid-19, la FNSEA a tenu à rappeler durant son troisième point de presse, le 10 avril 2020, que la consommation des ménages a fortement évolué, impactant certaines filières et créant des opportunités pour le plus long terme.

Des filières toujours en difficulté

Face à la crise du coronavirus, tous les acteurs de la chaîne alimentaire sont mobilisés pour continuer à produire, transformer et approvisionner les consommateurs. « Nous sommes satisfaits de voir que le travail des agriculteurs est reconnu, que les distributeurs aient décidé de plafonner leurs marges pour qu’il n’y ait pas de surchoc pour les coûts consommateurs, a déclaré la présidente de la FNSEA. Le surcoût de l’achat de produit français pour les consommateurs en légumes et fruits n’est que de 12 à 15 euros par ménage par mois. C’est supportable a dit Bruno Le Maire. Manger français a un prix. »

Toutefois, les secteurs de l’horticulture, de la pêche ou de la pomme de terre continuent à peiner. Pour les agneaux, la présidente de la FNSEA précise avoir effectué un travail important de mise en avant pour Pâques de ces produits avec les GMS. Un bilan complet sera bientôt effectué mais les premiers échos montreraient des enlèvements d’agneaux dans des quantités correctes. Christiane Lambert a également souligné le travail de « mise en avant des asperges et des fraises [qui] a porté ses fruits ». Enfin, il faudra trouver des solutions de stockage pour la production de pommes de terre.

Les secteurs de l’horticulture, de la viticulture et du monde équin ont déjà fait appel aux dispositifs d’accompagnement du gouvernement. Christiane Lambert a rappelé qu’un travail était en cours avec le ministère de l’Économie et des Finances pour que le mois de mars 2019 ne soit plus considéré comme référence pour calculer la perte de chiffre d’affaires. Le syndicat pousse à une prise en compte de l’année entière afin de permettre à un plus grand nombre d’entreprises d’entrer dans le dispositif, y compris les jeunes installés.

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Du trouble sur les marchés internationaux et européens

Christine Lambert a rappelé la demande faite auprès de Bruxelles, « le commissaire à l’Agriculture n’a pas encore exprimé ou montré qu’il nous avait entendus », a-t-elle précisé. Les ministres de l’Agriculture allemand et français poussent également pour obtenir des outils de régulation, de stockage, de diminution des importations et des dérogations au droit à la concurrence. « Cette crise sanitaire grave montre combien il est important d’avoir des outils de stockage de régulation, d’intervention et peut remettre en question certains accords commerciaux. […] L’alimentation est un secteur stratégique », souligne-t-elle.

Concernant l’effondrement de la cotation internationale de la poudre de lait en plein pic de collecte, la présidente de la FNSEA a salué « le choix courageux », notamment du Cniel pour réduire la production laitière,. « J’espère que le courage interprofessionnel dans le secteur laitier sera salué avec une réponse favorable de la Commission pour amener la compensation pour les producteurs à 320 € la tonne pour ce lait non-produit. C’est juste du bon sens », a-t-elle ajouté.

Enfin, la crise économique et sociale annoncée prévoit des chutes de 20 % des flux commerciaux internationaux. Des estimations préoccupantes pour les grandes cultures, les semences ou encore la viande.

Des nouvelles façons de consommer

Face à la crise du Covid-19, « les consommateurs sont très changeants… Les chiffres de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires) font frémir », a expliqué la présidente de la FNSEA : + 140 % de demande sur la farine, + 102 % sur les légumes secs, + 99 % sur les pâtes alors que d’autres productions s’effondrent.

Les consommateurs achètent différemment (essor des drives, des magasins à proximité rurale et urbaine) et font moins souvent leurs courses, « – 53 % de passage en caisse en grande distribution mais + 89 % sur le montant moyen du panier, a annoncé Christiane Lambert. C’est une logistique différente pour les distributeurs. »

La fermeture des marchés entraîne, quant à elle, une baisse de fréquentation des commerces de proximité (boulangerie, boucherie,…). La présidente de la FNSEA précise que « seulement 30 % des marchés ont aujourd’hui rouvert. Je ne comprends pas qu’il n’y ai pas davantage de maires qui fassent la demande, a-t-elle insisté. Les préfets, si le protocole est respecté, n’ont aucune raison de refuser. »

Toutefois, ces nouvelles façons de consommer peuvent être une opportunité pour certains producteurs : « Je pense que cette crise laissera des traces sur la façon d’acheter des consommateurs, explique Christiane Lambert. Cette crise a rapproché les consommateurs de leur alimentation […]. Le regain d’intérêt pour les circuits courts, pour les drives, pour le bio, pour les produits locaux, la curiosité des consommateurs […] font qu’il y a aura indéniablement des changements à terme. Et nous devrons saisir cette opportunité. »

Une opportunité et un nouveau modèle agricole qui font écho aux propos tenus par le Président de la République lors de son discours du 13 avril 2020. Ce dernier a fait référence au fait de « rebâtir une indépendance agricole » dans l’avenir. Des propos que la FNSEA n’a pas manqué de relever.

Dans un communiqué du 14 avril, le syndicat dit « tend[re] la main au président de la République, pour proposer d’écrire cette nouvelle page de notre indépendance agricole accrue, bâtie sur des filières résilientes, compétitives et durables » et promet « des décisions de ruptures tant à Paris qu’à Bruxelles ».

Pas de « hold-up » sur les consultations des chartes riverains

Les départements qui ont fait parvenir leur charte « riverains » à leur préfet peuvent bénéficier d’une réduction des ZNT, prévue par l’arrêté sur les distances d’épandage, une réponse attendue depuis les discussions tenues avec le président Macron lors du Salon international de l’agriculture de 2020.

« Il n’y a pas du tout de tromperie. C’est ce qui a été prévu. Bien sûr, nous n’avions pas prévu que les élections municipales soient repoussées et ne se tiennent pas en mars comme prévu […] Nous n’avions pas prévu que la pandémie se répande autant et bloque tout, y compris les consultations publiques, s’est adressé Christiane Lambert aux ONG. Il n’y a pas de hold-up de la consultation. Elle aura bien lieu, mais après. »

Pour conclure, la présidente a indiqué que l’assemblée générale statutaire du syndicat se tiendrait le 18 juin prochain et que l’élection des prochains conseils d’administration et bureau auraient lieu le 1er juillet.

A. Gambarini