Quelle est la principale conséquence de l’épidémie de coronavirus sur les circuits alimentaires ?

Au Royaume-Uni, le secteur de la pêche exporte 70 % de ses produits, tandis que 70 à 80 % des produits de la mer consommés dans le pays sont importés. Face à la chute des débouchés, la vente directe s’est développée et les Britanniques découvrent les espèces locales qu’ils boudaient auparavant, encouragés par leur gouvernement.

Cette crise sanitaire aura des impacts durables sur notre système alimentaire. Parmi les plus évidents, à l’instar du Royaume-Uni, la relocalisation des chaînes de production est devenue depuis l’allocution du chef de l’État du 12 mars 2020, une priorité. Emmanuel Macron a annoncé « reprendre le contrôle » de l’alimentation, en dépit des traités internationaux, avec des décisions « prochainement » en ce sens.

En attendant, quels sont effets du confinement sur les modes de commercialisation et de consommation ?

La crise est surtout marquée par l’essor des circuits courts. La grande distribution s’en est même fait le relais en s’approvisionnant auprès des producteurs, encouragée par le ministère de l’Économie. Pour répondre au risque de nouvelles ruptures ainsi qu’aux attentes des consommateurs, les enseignes raccourciront probablement leurs chaînes d’approvisionnement.

L’e-commerce alimentaire et la livraison à domicile se sont également développés, plébiscités par les personnes âgées jusqu’ici réticentes à faire leurs courses en ligne. Certaines enseignes leur en ont aussi facilité le recours avec, par exemple, la livraison gratuite ou collaborative, ou encore la mise en place d’un numéro vert pour les accompagner.

Observez-vous des impacts sur la consommation de viande et des imitations de viande qui font partie de vos sujets de prédilection ?

La crise a des effets sur la consommation de viande. Une croissance des ventes s’observe aux États-Unis comme en France. La renationalisation des achats de viande profite aux éleveurs. Mais les investisseurs anticipent déjà une baisse de ces achats, liée au ralentissement économique qui risque d’amputer les budgets des foyers. Par ailleurs, la viande, déjà attaquée par les critiques, se voit de plus en plus associée à l’épidémie.

En Inde, la consommation de volailles a chuté à la suite de rumeurs de risque de contagion par ce biais. Ce nouveau discrédit pourrait accélérer l’essor des substituts à la viande. Aux États-Unis, leurs achats ont augmenté de près de 280 % la semaine du 14 mars. Même phénomène pour les substituts végétaux au lait. Les Américains se sont aussi rués sur les légumineuses, qu’ils apprennent à cuisiner en période de confinement.

Ces changements de comportement vont-ils s’installer ?

Il est difficile d’évaluer les comportements d’après-crise. Pour l’heure, l’épidémie a permis d’accélérer des tendances qui avaient déjà cours. Se maintiendront-elles ? Le contexte économique à venir qui risque d’être difficile, sera primordial. 65 % des Français estiment déjà que la crise va impacter leurs revenus.

Dans tous les cas, cette crise sanitaire est l’occasion de repenser les stratégies, gouvernementales ou d’entreprises. Les critiques sur « la faute logistique de l’État français » concernant les stocks de masques doivent en effet faire réfléchir à la question des stocks alimentaires et de leur acheminement. »

Propos recueillis par Rosanne Aries