Emmanuel Macron avait promis en novembre 2017 venir tous les ans saluer les maires de France. Mais l’an dernier, alors que débutait tout juste la crise des gilets jaunes, il s’en est abstenu. Depuis, la donne a changé et le chef de l’État devrait être présent, ce 19 novembre 2019, à la porte de Versailles, à Paris. Son intervention est en effet prévue dans l’après-midi, après celle du président de l’Association des maires de France (AMF), François Baroin. Car, des deux côtés, il faut continuer à convaincre.

Les communes de moins 3 500 habitants dans le viseur

À quatre mois des élections municipales, un peu moins de la moitié des maires (48 %) se disent en effet certains d’être candidats à leur succession, tandis que 23 % restent indécis et 28 % assurent vouloir abandonner, selon une enquête du Cevipof pour l’Association des maires de France (AMF) qui vient de paraître. Un an auparavant, près d’un maire sur deux déclarait vouloir renoncer à se présenter. Les indécis sont donc moins nombreux. Mais ce taux d’abandon varie quasi du simple au double entre les communes de moins de 3 500 habitants et celles de plus de 30 000 habitants. Si l’effet « taille » a sa part d’explication dans les trajectoires d’élus municipaux, elle ne doit pas être lue comme une forme de déterminisme local qui consisterait à opposer les « maires ruraux décrocheurs » et les « maires urbains résilients », argumentent le Cevipof et l’AMF.

Il existe en réalité existe un seuil autour des communes de moins de 3 500 habitants : les maires sont partagés entre ne pas se représenter (30 %), se représenter (46 %) et décider plus tard (24 %). Au-delà de ce seuil, les édiles affichent des ambitions de candidature à leur propre succession dans des proportions plus élevées (70 %), contre seulement 20 % de partants et 10 % d’indécis.

Des temps pleins

L’influence de l’exercice du mandat sur la vie personnelle reste le principal motif évoqué pour ne pas se représenter (72 %). La plupart affirment que leur responsabilité a exercé une influence négative sur leur vie personnelle, en particulier pour les maires des communes de 5 000 à 10 000 habitants. Les maires des communes plus grandes semblent moins perturbés dans leur sphère privée.

Les maires élus pour la première fois en 2014 sont par ailleurs plus nombreux à vouloir rempiler (57 %), alors que la lassitude pointe au terme d’un deuxième (42 %) ou troisième mandat (38 %).

Des risques juridiques forts

En matière de bilan, 60 % des maires considèrent que la situation de leur commune s’est améliorée ces cinq dernières années et neuf sur dix la jugent en bonne santé financière. Une appréciation qui tranche avec celle, plus négative, des Français qui sont autour de 20 % seulement à juger positivement la situation financière de leur commune. Par ailleurs, si un quart des maires ne sont pas satisfaits du fonctionnement des intercommunalités, une majorité (54 %) ne souhaite pas s’engager dans un processus pour changer la taille de ces dernières et redessiner des structures plus petites.

De même, 77,1 % des maires jugent le niveau d’exigence des citoyens de plus en plus élevé. Et 82,5 % estiment que les risques juridiques encourus sont trop forts. Dans les plus petites communes, le recours à des formes d’expertise juridique, comptable, ou environnementale est de plus en plus nécessaire dans le travail quotidien des maires. Dans les communes de plus de 10 000 habitants, les maires bénéficient d’une administration et de personnels qualifiés. Libérés des contraintes administrative et technique, ils incarnent la figure du maire « représentant ».

Pour du quasi-bénévolat

Quelle est la durée du temps de travail d’un maire ? L’enquête interroge les maires sur le temps consacré chaque semaine à l’exercice de leur fonction. Le caractère déclaratif du nombre d’heures hebdomadaire impose évidemment une prudence dans l’analyse. En moyenne, plus la commune est grande, plus le temps hebdomadaire déclaré est long (62 heures par semaine pour les communes de 50 000 à 100 000 habitants). Ce chiffre descend à 22 heures par semaine pour les plus petites communes.

Mais en rapportant ce temps de travail au niveau maximal d’indemnités mensuelles pouvant être perçues, il est possible de calculer un taux horaire brut de l’activité de maire. Et l’on peut estimer en moyenne que les 18 380 maires de communes de moins de 500 habitants sont rétribués financièrement à hauteur maximale de 7,4 euros bruts de l’heure. Loin de constituer une armée de « maires-smicards », notent le Cevipof et l’AMF, le faible taux horaire brut témoigne du caractère quasi bénévole de l’engagement des maires, au moins pour les communes de moins de 3 500 habitants, soit 91 % des maires de France.

Quelle place pour l’État ?

Les maires interrogés semblent enfin donner crédit aux associations d’élus, dont l’AMF, qui dénoncent une volonté de « recentralisation » de la part de l’exécutif. Ainsi, 71,6 % d’entre eux estiment que « l’État veut reprendre la main sur l’action des municipalités ».

Aussi peut-on constater que, majoritairement, ils souhaitent aller plus loin dans la voie de la décentralisation. Plus des trois quarts jugent que l’État doit renoncer à intervenir dans les compétences qu’il a décentralisées. De même, dans des proportions équivalentes, ils souhaitent avoir une latitude de dérogation aux normes.

Avec quel financement ?

Quant à la compensation de la suppression de la taxe d’habitation, le gouvernement a prévu, dans le projet de loi de finances pour 2020, d’attribuer aux communes la part de taxe foncière sur les propriétés bâties actuellement attribuée aux départements. Les positions des maires sont très partagées sur ce sujet : 35,4 % d’entre eux estiment qu’« il faudrait mettre en place un nouvel impôt local en conservant un pouvoir de taux aux collectivités locales » ; 30,1 % se prononcent pour la « prise en charge totale par l’État sous forme de dégrèvement dans la durée », proposition défendue par l’AMF ; 15,1 % jugent qu’« il est préférable de donner une partie d’un impôt national ».

Ce qui transparaît à travers ce questionnaire est d’abord la perplexité des maires quant aux conséquences de cette réforme.

Rosanne Aries