Les pronostics vont bon train depuis cette annonce le 22 février d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Lors de sa rencontre avec 700 jeunes agriculteurs, le chef de l’État a souhaité que, pour le mois de mai, l’on puisse « imaginer un système de préretraite agricole avec une reprise progressive de l’activité pour permettre à un jeune de s’installer ».

Mais, depuis, c’est le silence radio. Même le ministère de l’Agriculture, chargé de sa mise en œuvre, semble tout ignorer du dispositif à un mois de son lancement. « Quand on interroge le ministère, explique Christiane Lambert, il nous répond qu’il n’a pas d’information sur le sujet et qu’il ne sait pas ce qu’Emmanuel Macron veut faire. »

Une aide à la sortie

La présidente de la FNSEA a annoncé qu’elle questionnerait à nouveau Stéphane Travert lors de sa venue demain, 29 mars, à Tours, à l’occasion du troisième jour du congrès du syndicat. Elle entend aussi à cette occasion défendre sa position : Christiane Lambert prône « un nouvel accompagnement pour ceux qui voudraient décrocher. Une aide à la sortie », a-t-elle précisé le 22 mars, en marge d’une conférence de presse du syndicat.

« On a aujourd’hui des situations agricoles contrastées, des gens qui foncent, d’autres qui s’accrochent, et on a des agriculteurs qui décrochent, à l’issue de trois années économiques extrêmement dégradées. Ceux-là n’ont pas d’issue. Ils ne sont pas nombreux : 2-3-4 %… Nous voulons les accompagner sans juger. Il faut leur trouver des solutions. »

Pour la présidente de la FNSEA, l’aide à la reconversion mise en place par Stéphane Le Foll qui promettait 3 100 euros en cas de sortie du métier, voire 4 500 euros, en y laissant sa maison, n’était que « rafistolage » : « Sans ressources, quitter le métier, c’est compliqué. »

Cesser ou céder son activité

« Le travail consistera à identifier toutes ces situations de détresse, a-t-elle poursuivi, et de les combiner à des installations. » Mais le double dessein, pour le coup, interroge. Céder une exploitation en difficulté peut en effet difficilement laisser augurer d’une installation réussie.

La proposition du syndicat n’est par ailleurs pas sans rappeler l’ex-indemnité viagère de départ, mise en place par la loi complémentaire d’orientation de 1962 en vue de renouveler les générations. Ses effets furent radicaux, donnant lieu à des agrandissements sans précédent.

Il reste le contrat de génération qui associe précisément un système de départ progressif à la retraite, couplé à une installation, avec une aide au cédant de 4 000 euros par an, pendant trois ans. Seulement le dispositif n’a jamais trouvé candidats. Autre recours : le stage de parrainage est encore l’outil de transmission le plus utilisé en agriculture. Son exigence écarte cependant les cédants en difficulté.

Bref, entre installer de nouveaux agriculteurs et accompagner ceux en difficulté, il ne s’agit pas de choisir. Ce sont bien deux problématiques à résoudre en urgence, mais, plus sûrement, de manière distincte.

Rosanne Aries et Marie Salset