« Dans mon secteur, au sud du Haut-Rhin, des personnes sont touchées par le coronavirus, indique Denis Nass, éleveur à Gommersdorf, et vice-président de la chambre d’agriculture de l’Alsace. Quelques-unes fortement. Combien exactement ? C’est difficile à dire. » Les organisations professionnelles envoient des questionnaires afin de faire un inventaire quotidien de la situation.

Éviter tout contact

« Il faut structurer les choses afin que les agriculteurs ne se contaminent plus et s’organiser avant que les cas ne se multiplient », poursuit Denis Nass. Le message est d’éviter tout contact. Dans le Haut-Rhin, les contrôleurs laitiers ont suspendu leurs tournées, une partie des inséminateurs aussi. Les techniciens de terrain téléphonent ou envoient des courriels.

Conseil a été donné aux agriculteurs d’établir une zone, ou d’accueil pour tout visiteur, ou de dépose de colis en cas de vente directe. « Aider sans prendre de risque sanitaire reste compliqué. Chaque ferme a ses spécificités. Nous demandons à chaque exploitant de rédiger une fiche de poste qui les liste par site et par activité. C’est vital si un remplaçant doit intervenir », insiste Denis Nass.

Des récoltes resteront au champ

L’impact économique de la crise est impossible à chiffrer, mais il est certain. Le maintien de l’activité oblige à courir plein de lièvres à la fois. Dans les élevages laitiers, la priorité est de ne pas créer de rupture logistique qui mettrait à mal la collecte. Pour les maraîchers, il faut s’assurer de la poursuite de l’approvisionnement en emballages généralement importés de l’Italie et de l’Allemagne.

La main-d’œuvre souvent étrangère qui permet de faire face aux premiers travaux printaniers fait défaut. Une plate-forme de recrutement de bras locaux a été ouverte pour espérer trouver au moins 700 occasionnels pour la récolte des asperges et la mise à fil du houblon. Des asparagiculteurs ont déjà annoncé que, faute de bras et de débouché en restauration, ils laisseront leur production au champ.

Quasi pas de vente

Les horticulteurs, qui réalisent 80 % de leur chiffre d’affaires à cette période, savent déjà qu’ils n’auront quasi pas de vente. Les fermes-auberges n’ouvriront pas. Les vendeurs sur les marchés sont confrontés à leur possible fermeture et ceux qui fournissaient les restaurants ont perdu ce débouché depuis le 15 mars.

« Il faut remercier tous ceux qui permettent que cela continue de fonctionner, retient Denis Nass. Le gouvernement peut nous aider en accordant un droit à l’erreur dans nos déclarations Pac, en nous épargnant du casse-tête administratif et en repoussant de quelques mois l’application des ZNT. L’urgence est ailleurs. Personne n’est à l’abri du Covid-19. Protégeons-nous tous ! »

Henri Roy