Défendre l’agriculture paysanne et soutenir l’installation : le nouveau secrétariat national de la Confédération paysanne, qui s’est présenté à la presse jeudi, s’inscrira dans la « continuité du travail de l’ancienne équipe », a indiqué Nicolas Girod. Le nouveau porte-parole, producteur de lait à comté dans le Jura, a évoqué notamment deux grands chantiers auxquels le syndicat entend contribuer : la loi foncière et la Pac.

Zéro hectare perdu pour l’agriculture

« Pour porter notre projet d’agriculture paysanne, il faut des paysans nombreux », a rappelé Véronique Massereau, nouvelle secrétaire générale, installée en vaches allaitantes dans le Morbihan. La Confédération paysanne portera des propositions pour la loi foncière, à la fois pour mieux protéger la terre (objectif : « zéro hectare perdu pour l’agriculture ») et pour mieux la répartir, en « redonnant du poids au schéma des structures et aux Safer ».

Face aux enjeux de renouvellement des générations, le syndicat veut aussi poursuivre son travail sur la transmission, en valorisant le portage du foncier et les « nouvelles formes d’installation » liées à l’économie sociale et solidaire. Le tout s’accompagnera d’un travail de sensibilisation des cédants qui renoncent parfois à transmettre parce qu’ils « croient que leur ferme n’a pas de valeur ».

La Pac, « plus qu’un tiroir-caisse »

Sur la Pac, que la Confédération paysanne rêve en Paac pour y intégrer la dimension alimentaire, le syndicat a commencé à porter ses propositions auprès du ministère. Y voyant « un levier du changement de modèle agricole, plutôt qu’un simple tiroir-caisse », elle porte des propositions radicales sur la redistribution des aides : un plafonnement à 45 000 € par actif et une dégressivité à partir de 25 000 € – en prenant en compte les salariés, comme le prévoit la proposition de la Commission (1). Mais aussi une dégressivité sur le paiement redistributif aux 52 premiers hectares et la création d’une aide forfaitaire aux petites fermes de moins de dix hectares (5 000 € par actif en remplacement des DPB).

Sur le plan environnemental, le syndicat propose des « contrats de transition » qui pourraient être individuels ou collectifs, sur le second pilier, et souhaite que les aides couplées du premier pilier « servent à la montée en gamme ».

La Conf’ entend aussi modifier le droit de la concurrence afin d’empêcher l’importation de fruits et légumes à bas prix qui « empêchent la montée en gamme » des productions françaises. Elle continuera aussi à « pousser pour la régulation des volumes, car il est incohérent de donner des aides aux paysans pour qu’ils s’agrandissent, puis des aides aux industriels pour qu’ils stockent les excédents », a dénoncé Nicolas Girod, évoquant le coût du stockage de la poudre de lait.

Travailler avec les parlementaires européens

Parce que les politiques publiques dont l’agriculture a besoin se définissent aussi à l’échelon européen, le syndicat « travaillera à faire bouger les lignes avec les futurs eurodéputés ». Même si l’un d’eux se nomme Jérémy Decerle, bien placé sur sa liste Renaissance pour être élu, et dont la vision en tant que président de JA n’a pas souvent convergé avec celles de la Conf’.

B. Lafeuille

(1) La Commission, quant à elle, propose un plafonnement à 100 000 € et une dégressivité à partir de 60 000 €.