« Produire pour vivre », sera le slogan de la Confédération paysanne pour les élections de janvier prochain. « Vivre c’est un mot très large, explique Laurent Pinatel, le porte-parole du syndicat. C’est travailler en étant rémunéré, mais c’est aussi avoir du temps libre. » Un modèle centré sur les aspects sociaux qui, selon la Conf’, serait ignoré par le syndicat majoritaire.

Nouvelles modernités

Temanuata Girard, secrétaire générale de la Confédération paysanne, rappelle sa vision de la modernité agricole. « Une ferme moderne n’est pas forcément une ferme high-tech avec un seul exploitant qui travaille jusqu’à l’épuisement, mais peut être une exploitation avec cinq paysans associés en polyculture-élevage. » Pour Véronique Marchesseau, élue du syndicat dans le Morbihan, ces technologies ont même parfois des effets néfastes, dans la mesure où « l’investissement enferme les paysans ».

Parmi les mesures proposées, le syndicat aimerait offrir aux exploitants un jour de repos hebdomadaire, notamment en élevage laitier, grâce à la mutualisation de salariés. « Les paysans ne veulent plus vivre en décalage avec la société, estime Nicolas Girod, secrétaire national. Nous voulons nous aussi avoir une vie sociale en dehors de la ferme, rencontrer du monde. »

Repenser les missions des chambres

La Confédération paysanne écorne sans détours le bilan du syndicat majoritaire. « La FNSEA freine toutes les innovations qui vont dans le sens de l’emploi », dénonce Laurent Pinatel. Pour lui, les chambres doivent accompagner les agriculteurs dans les transitions difficiles à mettre en œuvre.

D’autre part, la vision de la FNSEA serait à l’origine d’une désaffection des chambres. « En prenant seulement en compte les volumes produits, estime Laurent Pinatel, les chambres ont abandonné tout un pan du développement agricole. » Les objectifs du développement devraient être d’après la Confédération paysanne, centrés sur le revenu, l’environnement, et la liberté de choisir son propre modèle agricole.

Objectifs électoraux mesurés

Le syndicat présentera en janvier des listes dans tous les départements, y compris en Outre-mer. Objectif : « une progression de notre score ». Gagner sur le terrain des idées serait, à en croire les déclarations des représentants, plus importants que de gagner des sièges.

Et si les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs ? Laurent Pinatel ne se découragera pas : « Il faudra aller chercher dans la réforme de la Pac ce qu’on ne pourra pas avoir au niveau national »

Nicolas Girod, pour sa part, est satisfait des résultats de la Confédération paysanne dans le cadre des EGA (États-généraux de l’alimentation). « On ne s’est pas prostitués, et certains sont venus sur nos positions. » Le syndicat sera d’ailleurs vigilant, prévient-il, sur les indicateurs de prix fournis par les interprofessions, quitte à prendre le temps de travailler à nouveau sur ces indicateurs. « Ça fait un an qu’on bosse, rappelle-t-il. Il faut que quelque chose en sorte. »

Ivan Logvenoff