D’après les estimations des comptes provisoires de l’agriculture publiées par l’Insee le 7 juillet 2021, la production agricole en valeur (volumes x prix) s’est élevée à 75,5 milliards d’euros en 2020, en recul de 1,9 % par rapport à 2019, plombée par les mauvaises récoltes de céréales.

Si l’impact de la crise sanitaire sur les conditions de production a été réel, ses effets sur la demande sont difficiles à mesurer, note l’Insee. « L’agriculture a été en première ligne et a relevé le défi » en assurant la production et l’approvisionnement, analysent les chambres d’agriculture dans un communiqué, ajoutant qu’au regard des autres activités économiques « il semble que l’agriculture ait échappé au pire ».

Les céréales plongent, l’élevage résiste

L’année 2020 aura été marquée par le recul en volume de la production végétale (–4,8 %). En particulier, des volumes de céréales (–18,9 % au global, – 26 % en blé tendre et – 24 % en orge) à cause de la canicule et des betteraves industrielles (–31 %) affectées par le virus de la jaunisse.

Mais le prix de la production végétale, hors subventions, rebondit (+2,5 %). Les prix des céréales (+12,2 %) sont soutenus par la demande mondiale des pays structurellement importateurs. L’Insee relève une progression des prix des fruits (+10,8 %) et des légumes (+6,7 %), en raison probablement de surcoûts liés aux difficultés rencontrées par les filières, et de la consommation à domicile accrue.

La valeur de la production animale décroît plus modérément de 0,9 %, la hausse des volumes (+0,4 %) ne compensant pas entièrement la baisse des prix (–1,3 %).

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Baisse de 2,6 % de la valeur ajoutée

Dans le même temps, les consommations intermédiaires des agriculteurs diminuent de 2 % du fait essentiellement de la moindre consommation d’engrais et de la baisse des prix de l’énergie. « L’économie de charges d’intrants ne compense pas complètement le manque à gagner du côté de la production mais l’amortit assez nettement », notent les chambres d’agriculture.

Les subventions d’exploitation s’élèvent à 7,8 milliards d’euros, en repli de 467 millions par rapport à 2019 en raison principalement de la disparition du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), transformé en allégement de cotisations patronales au 1er janvier 2019, ainsi que dans une moindre mesure de la baisse des aides découplées.

La valeur ajoutée brute, qui mesure la richesse crée par l’activité agricole, diminue de 2,6 % par rapport à 2019. Elle correspond à la production valorisée au prix de base augmentée des subventions, et diminuée des consommations intermédiaires et des impôts.

Rapportée aux actifs, la valeur ajoutée baisse de 2,4 % en 2020, calculent les chambres d’agriculture. Selon elles, en prenant en compte les charges salariales, les charges foncières et les intérêts, le résultat par chef d’exploitation et co-exploitant baisserait de 2,3 %, à l’échelle nationale. Mais il faudra attendre décembre prochain, et l’analyse des résultats comptables du Rica, pour mesurer précisément l’effet sur les exploitations agricoles.

la FNSEA veut améliorer la résilience de l’agriculture

Alors que le PIB (produit intérieur brut) chute de 7,9 % en 2020, l’agriculture a mieux résisté que les autres secteurs économiques, réagit la FNSEA. Mais les agriculteurs ne sont pas récompensés de leurs efforts, estime le syndicat qui calcule une baisse de 2,9 % du résultat brut de la branche agricole.

L’année 2020 illustre bien « la nécessité d’avancer sur l’amélioration de la résilience face aux aléas, l’adaptation au changement climatique des exploitations, combinée à une meilleure valorisation qui prenne en compte les coûts de production », insiste la FNSEA qui mise beaucoup sur le Varenne agricole de l’eau, la loi Besson-Moreau ou le Plan de relance.

Un secteur « clairement malade » pour la Coordination rurale

« Tous les voyants de l’agriculture sont au rouge ! », alerte la Coordination rurale (CR) : « Comment envisager une évolution positive collective lorsque l’on voit que les indicateurs de prix, de volumes, de charges, d’emplois, d’investissements et donc de revenus, mais aussi de commerce, sont mauvais encore en 2020 ? », s’indigne Véronique Le Floc’h, 2e vice-présidente du syndicat.

La CR dénonce « le véritable échec des politiques agricoles européenne et française qui ne permettent plus de nous battre avec des pays ne respectant pas nos normes de production », et poursuit sa demande de « régulation » des marchés et des prix.

Sophie Bergot