« Notre État n’a pas de vision d’ambition à l’export, estime Philippe Heusèle, président de France Export Céréales. Il ne faut compter que sur nous et sur nos filières. » Philippe Heusèle a été largement rejoint sur ce point par les autres experts, invités lors d’une table-ronde organisée par l’Association permanente des chambres d’agriculture (APCA), le 27 novembre 2019 à Paris.

« Chaque production a ses particularités, mais la tendance de fond en fruits et légumes, c’est réellement une perte de compétitivité. À mon sens, la France n’a pas choisi de vouloir être compétitive, mais se positionne sur la montée en gamme, s’inquiète Daniel Sauvaitre, secrétaire général d’Interfel. La montée en gamme, je la traduis par l’augmentation des importations. Aujourd’hui dans l’interprofession, la seule famille qui a le sourire, c’est celle des importateurs. »

« Nous sommes dans un marché unique et nous rêvons d’avoir les mêmes règles du jeu que nos concurrents en Europe, alerte Daniel Sauvaitre. On a beau dire qu’il faut que les autres incrémentent leurs règles, on leur donne tous les jours un avantage compétitif. En fruits et légumes, l’année prochaine, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir protéger nos productions contre certaines maladies ou ravageurs, le moral est en baisse. »

S’adapter pour tenir sa place à l’exportation

Face à ce constat, que mettent en œuvre les filières pour conserver ou gagner des marchés à l’export ? Patrice Drillet, président de la Cooperl, estime que c’est un travail de tous les jours, et que ces efforts d’adaptation permanents ne compenseront jamais la perte de compétitivité permanente des filières françaises par rapport à leurs concurrents.

La Cooperl bénéficie aujourd’hui de l’ouverture des marchés en Chine. « Nous sommes chinois. Nous avons 100 salariés en Chine, trois bureaux de vente, sept outils agréés. Nous bénéficions pleinement des effets de la peste porcine africaine mais c’est aussi le fruit d’un travail entamé il y a 10 ans pour se faire reconnaître et investir sur place… explique Patrice Drillet. Sur les marchés à l’export, on ne fait pas de coup, on travaille le sujet. »

Yann Lebeau, responsable du bureau France Export Céréales au Maroc, adhère à cette analyse. « En céréales, il a des perspectives de marché, on a de quoi se battre, confirme-t-il. Mais nous avons besoin d’une analyse fine du marché et de segmenter l’offre. »

Un déficit d’image en France

Bernard Farges, le président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, salue le travail réalisé par le président de la République en Chine, mais estime qu’il est révélateur d’un vrai paradoxe. « En termes d’image, c’est extrêmement fort ce qui a été fait, c’est de la vraie diplomatie commerciale et économique. C’est extrêmement puissant. Il faudrait qu’on ait le même engagement, la même visibilité et le même soutien à nos produits agricole en France. »

M. Salset, V. Guyot et H. Parisot