« En temps normal, j’ai une clientèle variée, des restaurants, des écoles, des points de vente collectifs, des grandes surfaces. En deux jours, entre le 14 mars et le 16 mars 2020, après les annonces présidentielles, les demandes se sont déplacées. Les établissements scolaires et les restaurants ont été fermés, de grosses commandes ont afflué des supermarchés, les achats des particuliers, en vente directe, ont augmenté. »

Louis Gérardy a lancé il y a un an un atelier de fabrication de yaourts, fromages blancs, lait de consommation, à partir du lait produit sur l’exploitation familiale, située à Hunting, dans la Moselle. Dans ce secteur dit des « Trois frontières », proche du Luxembourg, la densité de population est élevée et l’atelier de transformation tourne déjà bien. Ce dernier sort entre deux mille et trois mille unités par semaine.

Pas question d’augmenter les volumes

L’actualité sanitaire n’a quasi pas modifié les pratiques : les mesures d’hygiène sont déjà strictes. Louis et sa maman Edith, qui l’aide, sont plus que jamais vigilants. « J’effectue les livraisons aux supermarchés de façon très rapide, précise Louis. Tant pis pour la convivialité… Pour la vente directe, nous nous sommes adaptés vite également. Les clients téléphonaient et voulaient se déplacer. Pour éviter un afflux de personnes sur l’exploitation, j’ai tout de suite mis en place un service de livraison à domicile, gratuit, pour les gens de la commune. Il est très apprécié. J’utilise un terminal de paiement et je fais très attention aux “gestes barrières” ».

Autre point essentiel, en ces temps de crise, Louis a maintenu ses prix, ne voulant pas profiter de la conjoncture. « J’aurais pu embaucher trois personnes, doubler les volumes, mais je n’ai pas envie là non plus de profiter de la situation et de perdre en qualité de vie, souligne le jeune producteur. Globalement, sur un mois, je pense que j’aurais fabriqué les mêmes quantités. Elles seront juste lissées dans le temps. Je me rends compte aussi de l’importance d’avoir une clientèle diversifiée. Je connais un producteur, dans le sud de la France, qui ne vendait qu’en restauration hors domicile (RHD). Il s’est retrouvé avec de gros stocks sur les bras. Il a fait des caissettes de yaourts, soldées, et il a réussi à en vendre une partie à des particuliers. »

Une reconnaissance de la production locale

« Les consommateurs se rendent compte que nous existons… souligne Pierre-Paul, le père de Louis. C’est une reconnaissance de la production locale qui nécessite peu de transports. Nous allons probablement gagner de nouveaux clients. Mais, surtout, j’espère qu’il va y avoir une vraie prise de conscience et que tout cela va ralentir l’agribashing. »

Dominique Péronne