« La démagogie, elle est facile, a encore répondu Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics, ce 29 mars 2019 devant Jean-Jacques Bourdin sur le plateau de BFM TV. Monsieur Michel Édouard Leclerc est patron d’entreprise. S’il veut baisser les prix, il les baisse. Il n’y a pas que l’État qui fait que le produit est cher. Monsieur Leclerc veut vendre gratuitement et donner les produits bio, qu’il le fasse. »

Mis en cause pour son attitude dans le grand débat sur le soutien aux agriculteurs français alors qu’il se pose en défenseur des prix bas et des consommateurs, Michel Édouard Leclerc a proposé le 14 mars « de supprimer la TVA sur les produits de qualité comme le bio, pour les rendre plus accessibles et permettre à la population la plus modeste d’y avoir, elle aussi, accès », dans une interview au Parisien.

« Une hérésie fiscale et sociale »

Hier, le 28 mars 2019, c’est Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture, qui s’est opposé à l’idée du distributeur devant le congrès de la FNSEA à Nancy (Meurthe-et-Moselle). « C’est une hérésie fiscale et une hérésie sociale, a-t-il lancé. Je suis très opposé à la TVA à 0 % sur le bio. Qui peut croire qu’une TVA à 0 %, ça reviendra chez le producteur ? Personne. Ça reviendra chez le distributeur. »

Quelques minutes plus tôt, Christiane Lambert avait tendu la perche au ministre : « Quand un distributeur plaide pour une TVA à 0 % sur le bio, c’est à son portefeuille qu’il pense. […] Tordez le cou à cette fausse bonne idée, Monsieur le Ministre ! Elle masque la difficulté pour la distribution de réinventer son modèle et de nouer des partenariats équitables avec ses fournisseurs. »

« Plus vert, c’est plus cher »

« On sait très bien qu’il va se mettre l’argent dans sa poche, a-t-elle renchéri. Objectivement, il y a des aides à la conversion importantes en agriculture biologique, certes versées en retard, il y a des aides au maintien, des crédits d’impôt, et maintenant il faut payer le consommateur pour qu’il mange bio ? Soyons sérieux ! Plus vert, c’est plus cher. Les Français veulent du local, manger a un prix. On ne peut pas se nourrir toujours mieux pour toujours moins cher. »

Dans le secteur de la distribution, Dominique Schelcher, patron de Système U, est sur la même ligne que le ministre de l’agriculture : la TVA à 0% sur le bio est « une très mauvaise idée », a-t-il jugé le 27 mars 2019 sur France Inter. « Personnellement, je suis totalement contre : le sujet du bio aujourd’hui, c’est de consolider un approvisionnement de qualité français, alors que ce bio monte en puissance. Brader le bio aujourd’hui serait la plus grande erreur. »

De Rugy à l’écoute

La semaine dernière, François de Rugy, le ministre de la Transition écologique, s’était dit favorable à un taux de TVA réduit pour les produits bio. « Je ne sais pas si c’est Monsieur Leclerc qui est le mieux placé pour parler des prix dans les magasins, parce que lui a tendance surtout à écraser les producteurs », avait-il dit vendredi 22 mars sur CNews.

« Mais ce que je souhaite en effet est que tout ce qui est bon pour l’écologie, le climat et l’environnement soit aidé, parfois pour démarrer des filières ils ont besoin d’aides publiques, et surtout moins taxé. Et donc que l’on puisse moduler la fiscalité. »

« La TVA peut être modulée », avait-il dit. « En France il y a plusieurs taux de TVA et on pourrait parfaitement faire un peu le tri dans les produits, en disant “tel produit bon pour l’environnement peut avoir une TVA réduite”. Par exemple, les produits alimentaires bio pourraient avoir une TVA plus faible que les produits alimentaires issus de l’agriculture industrielle. »

E.R. avec l’AFP