« Je pense qu’il faudra à un moment que la politique agricole commune prenne ses distances avec la notion d’aides à l’hectare », a exprimé le député européen Jérémy Decerle, lors d’un webinaire sur la Pac, organisé le 7 juillet 2020 par la représentation en France de la Commission européenne. Ceux qui connaissent un peu l’ancien président des jeunes agriculteurs n’ont pas été surpris de l’entendre plaider pour que « la notion de l’actif agricole [soit] mise sur la table ».

« Pas de raison de se faire peur »

« Je ne dis pas que le modèle actuel est nul, je dis qu’il a atteint ses limites », a repris l’eurodéputé, tout en soulignant la nécessité d’y aller progressivement car « les exploitations agricoles quelles qu’elles soient ne pourront pas supporter un virage à 180 degrés ». La progressivité est également nécessaire pour prendre le temps de « définir qui est l’actif agricole et cibler les bénéficiaires légitimes », a-t-il insisté. « Pour que la Pac retrouve un peu de sens, les aides de la Pac doivent aller a des gens qui sont agriculteurs d’une manière ou d’une autre. »

Entendant les critiques sur le fait que les pays comptant le plus grand nombre d’agriculteurs capteraient de ce fait davantage d’aides, le député européen a estimé qu’il n’y avait « pas de raison de se faire peur si on anticipe ce sujet ». « On va y réfléchir avec la Commission et le Conseil pour prévoir des mesures qui évitent ce phénomène-là ».

Arrêter de perdre des agriculteurs

« L’objectif est d’arrêter de perdre des agriculteurs », a encore plaidé Jérémy Decerle, arguant que pour bien faire, notamment en matière d’environnement et de bien-être animal, « il faut des hommes et des femmes, donc il faut qu’on rémunère des hommes et des femmes ». « Ce n’est pas une question de taille, a-t-il ajouté. Pour moi le plus important c’est le nombre d’actifs. Il peut y avoir une grande ferme, s’il y a dix actifs qui travaillent dessus ça ne me parait pas déconnant d’avoir des aides calibrées sur ce nombre. »

Bérengère Lafeuille