L’objectif est clair : « Nous voulons donner de la visibilité au travail des femmes », souligne Lorena Basso à propos de la création, en février 2021, d’un groupe de travail sur le genre au sein du Conseil agro-industriel argentin. Si les actions concrètes pour atteindre cette ambition n’ont pas encore été définies, la nouvelle est bien accueillie.

« C’est une grande avancée, car nous sommes très nombreuses à travailler sur le terrain, mais nous ne sommes malheureusement pas représentées dans les instances décisionnelles », témoigne María Beatriz (Pilu) Giraudo, agricultrice et présidente de l’Association argentine des producteurs en semis direct (Aapresid).

Un travail invisible

Le travail des femmes dans le secteur agricole est largement invisible, car en Argentine, la majorité des exploitations sont familiales. Les femmes y travaillent ainsi la plupart du temps autant que leur mari, mais de manière informelle. Elles ne perçoivent pas de salaire, ne prennent pas part aux décisions, et ne disposent pas de titre de propriété ou contrat de location à leur nom sur les terres cultivées.

Ainsi, si la mise en place d’un registre national par les principaux syndicats agricoles a permis de visibiliser une partie de la main-d’œuvre féminine, Fabiana Menna, de la Fondation Gran Chaco, déplore que le recensement agricole, mené par l’État en 2018, se soit concentré sur la production, aux dépens du profil socio-économique des producteurs : « Nous savons exactement combien de têtes de vaches nous avons sur le territoire. Cependant, nous ne savons pas si leurs propriétaires sont des femmes ou des hommes ! »

Même problème du côté des financements internationaux, tels que ceux de la Banque mondiale, qui se concentrent sur l’unité familiale, sans relever de données de genre. Cela empêche la mise en œuvre de programmes d’accès aux crédits pour les femmes.

Besoin de légiférer

En plus de la mise en place d’un système de collecte de données chiffrées, unifié à l’échelle nationale sur la question du genre en agriculture, le droit peut aussi être un levier important pour une meilleure reconnaissance du rôle des femmes dans la production. « Il faut légiférer, mettre en place des normes et des directives qui incitent à la parité et à ce que les femmes deviennent propriétaires de leurs terres », insiste Victoria Moncada, avocate et vice-présidente de la Société rurale de Cordoba.

Si l’Argentine bénéficie déjà d’une réglementation sur les questions de genre, celle-ci n’est toujours pas intégrée au cadre juridique de la production agricole. De plus, « dans les campagnes, le processus de prise de conscience sur les droits des femmes est beaucoup moins avancé que dans les zones urbaines », regrette Rosalía Pellegrini, coordinatrice du secrétariat sur le genre, du syndicat paysan Union des travailleurs de la terre (UTT). Un problème renforcé par l’isolement des zones rurales, dans ce pays à la superficie cinq fois et demie supérieure à celle de la France.

Laura Hendrikx