Alors que la loi sur l’alimentation revient demain, le 12 septembre 2018, en discussion à l’Assemblée nationale, Michel-Edouard Leclerc, président de l’association des centres E. Leclerc, s’exprimait ce matin dans « Bourdin direct » sur BFM TV. Et ses déclarations montrent d’emblée les limites de la loi à venir.

« Je ne vais pas augmenter mes prix »

Interrogé sur sa volonté de permettre aux agriculteurs de vivre de leur production, il confirme baisser ses marges sur certains produits, et vouloir mieux rémunérer les producteurs locaux « et ceux qui mettent de la valeur ajoutée ».

« Moi, distributeur, je m’engage, j’ai compris la leçon – on trouvait que je ne la faisais pas assez – à davantage payer les agriculteurs qui rentrent dans la transition d’une meilleure alimentation. Les agriculteurs qui vont vers le bio, on va les inscrire dans nos filières, et on va payer par avance la mutation vers le bio. »

« On va travailler le retour au local, poursuit-il. Si vous allez sur internet, sur le site des alliances locales, on a conçu 10 000 partenariats avec des PME et des petites entreprises. On ne discute pratiquement pas du prix, mais on met en avant la marque de ces producteurs locaux et on les rémunère mieux. »

Le distributeur précise ainsi rogner ses marges avec certains et vouloir se rattraper sur d’autres produits, sans préciser lesquels. « Pour le moment, on réduit nos marges, affirme-t-il. Et je ne vais pas augmenter mes prix. Quand les lobbys de l’agriculture ou de certaines professions viennent nous demander de lâcher du lest, je le conçois. On n’est pas là pour voir la mort du p’tit cheval. »

« Il y a des gens qui souffrent, donc on aide ; mais pour le reste, pourquoi voulez-vous que j’augmente le prix du coca-cola, de l’Évian… ? » Une augmentation qui serait en effet mal venue pour l’enseigne : « Le coca-cola a disparu pendant six mois de nos rayons, mais on vient de trouver un accord, donc il revient. »

Qui fait la loi ?

Sur Twitter, le député Jean-Baptiste Moreau, de La République en marche a réagi spontanément à l’interview, faisant référence à un plan de communication de la part du distributeur :

Un ministre de la consommation

Michel-Edouard Leclerc demande par ailleurs la nomination d’un ministre de la consommation. « Après la démission du ministre de l’Environnement et le constat de l’incapacité du gouvernement, à dire au public le puzzle général de son intérêt à suivre la réforme, après la démonstration de la montée en puissance des lobbies, lobby agricole, lobby de la distribution, lobby industriel, lobby des chasseurs… Je pense qu’il nous manque quelqu’un qui défende l’intérêt des consommateurs. »

« C’est quand même dingue : on vient de vivre un an et demi d’États-généraux de l’alimentation, on parle des nouveaux projets nutritionnels, on parle des rapports de prix, et il n’y a pas de ministre de la consommation. Historiquement, à Bercy, il y a toujours eu un ministre à compétences transversales pour compenser les pressions sur les ministres à compétences verticales. »

« Mon rôle aujourd’hui est de mettre en application des mesures dans l’intérêt des consommateurs, mais je ne peux pas être juge et partie. Il faut un interlocuteur pour les ONG… UFC-Que Choisir, la plus grosse organisation de consommateurs, a quitté des États-généraux de l’alimentation sur la question des prix, parce qu’il n’y avait pas d’interlocuteur », rappelle-t-il.

Rosanne Aries