Une petite phrase suffit parfois à relancer de vieux débats. Depuis qu’Emmanuel Macron a promis « des décisions de rupture » pour « reprendre le contrôle » sur notre alimentation le 12 mars dernier, chacun des syndicats agricoles a communiqué sur cette porte ouverte par le président de la République.

Le 6 mai 2020, la FNSEA dégainait un manifeste livrant sa vision de l’agriculture qui viendra après la crise sanitaire frappant actuellement le pays. Le syndicat majoritaire y appelle à une croissance durable de l’agriculture basée sur un pacte avec les citoyens ainsi qu’à une réorientation des politiques publiques.

La révolte des minoritaires

Alors que la FNSEA et des acteurs de la filière agricole se disaient prêts, le 30 avril 2020, à « venir élaborer le schéma agricole et alimentaire de demain », le jour même, la Confédération paysanne émettait, quant à elle, de fortes réserves sur cette volonté.

« Comment confier les clés du monde d’après à ces mêmes acteurs alors qu’ils sont à l’origine de notre dépendance et de nos difficultés actuelles ? », se demandait alors le syndicat de Nicolas Girod. Ce dernier préfère plaider pour une « souveraineté alimentaire paysanne ». Il en a d’ailleurs exposé son contenu aux côtés d’autres organisations comme Terre de liens, la Fondation Nicolas Hulot ou Greenpeace dans une tribune signée, le 12 mai 2020, dans le journal Libération.

La Conf’ n’est pas la seule à se montrer critique vis-à-vis des positions prises actuellement par le syndicat majoritaire. Le Modef dénonçait le 23 avril dernier un « opportunisme de circonstances » de la part de la FNSEA. Le syndicat de défense des exploitants familiaux tenait à rappeler « la mémoire courte », de l’organisation présidée par Christiane Lambert, « sur sa lourde responsabilité de la situation actuelle de dépendance alimentaire et de disparition massive des agriculteurs ».

La Coordination rurale dénonce également dans un texte, publié sur son site internet le 11 mai 2020, l’attitude de la FNSEA. Le concept d’une « souveraineté alimentaire solidaire » défendu dans son manifeste ne convainc pas le syndicat aux drapeaux jaunes. Il dénonce l’emploi de « mots et de concepts creux » d’un syndicat majoritaire qui aurait en vérité garder le même cap : celui de défendre en priorité “les filières et l’agrobusiness” ».

« Le président de la République a tout notre soutien »

« Quand le président de la République admet que « déléguer notre alimentation [était] une folie » et qu’il s’engage à assumer « les décisions de rupture » nécessaires pour y remédier, la CR se réjouit. Elle tient à lui apporter tout son soutien », s’est même félicité le syndicat de Bernard Lannes.

Les dernières déclarations de l’exécutif, comme celle du ministre de l’Agriculture le 20 février 2020 au Sénat durant les prémices de la crise sanitaire actuelle, résonnent comme un écho à sa proposition de permettre à « chaque pays de déconnecter ses prix agricoles des cours mondiaux ». Ce que le syndicat appelle « l’exception agriculturelle ».

Alexis Marcotte