Les agriculteurs doivent-ils être contraints ou laissés libre de s’assurer ? La multiplication des aléas et des crises ces dernières années a poussé la gestion des risques au premier plan des préoccupations. Après la FNSEA, lors de son congrès à Brest, c’était au tour de JA de poser la question à ses adhérents ces mercredi et jeudi à Dunkerque (Nord) : le système assurantiel doit-il être rendu obligatoire ?

Laisser l’agriculteur choisir

Les premiers avaient dit non, les seconds ont été plus nuancés. Chaque agriculteur doit être laissé libre de recourir aux outils de gestion des risques qu’il souhaite, a convenu le syndicat. En revanche, pour tout projet de développement et d’installation, un plan de gestion des risques pourrait être rendu obligatoire. Cette proposition du rapport d’orientation a été retenue dans la nuit du 7 au 8 juin, en toute fin de discussion.

Et JA va désormais œuvrer pour faire adopter plus largement la mesure, ainsi que la mise en œuvre d’un Gama (groupement pour une assurance mutualiste agricole), un organisme de conseil et d’audit sur les assurances. Ces outils seront notamment prochainement présentés au ministère de l’Agriculture.

« Le tout-assurantiel ne va pas tout régler »

Le sujet a été à nouveau soumis à l’échange, dans la matinée du 8 juin, en présence cette fois-ci d’acteurs européens et de Vincent Touzot, membre du bureau de JA en charge de la Pac. Et pour l’ensemble, la question est on ne peut plus d’actualité. Au Conseil européen des jeunes agriculteurs (Ceja), « ça n’est pas tranché, a expliqué son président flamand Jannes Maes. Nous prônons en tout cas une évolution vers de nouveaux outils qui nous aident à prévenir les risques, sans entraver les dynamiques ».

Le député européen, Éric Andrieu, n’est quant à lui pas du tout favorable à une approche dogmatique. « Le tout-assurantiel ne va pas tout régler. » Et Arnaud Petit du Copa-Cogeca – principal syndicat européen, de renchérir : « Imposer un système assurantiel risquerait en effet de pénaliser des producteurs qui préfèrent agir sur les coûts de production. Il faut aussi bien comprendre que le système assurantiel n’est pas une prime. Et, en termes de soutien public, c’est assez gourmand, et donc un questionnement pour tous les contribuables. »

Une journée du Caf sur les risques le 10 octobre

Pour Vincent Touzot, de JA, base volontaire ou obligatoire, la question ne se pose pas en réalité dès lors que les outils sont performants. « On refuse de donner un chèque en blanc aux assureurs privés, lance-t-il. Les solutions ne sont pas uniquement assurantielles. C’est bien une somme d’outils – tout ce qu’il est possible de mettre en place pour prévenir les risques – auxquels il nous faut pouvoir recourir. Aujourd’hui, il nous faut trouver les bons outils, les bonnes combinaisons. »

« Et la bonne information ! » a ajouté Jannes Maes. « N’oublions pas qu’il y a trois ans, la grande crise survenue au niveau de la culture est due à une fausse interprétation des marchés futurs chinois et américains, par des économistes. » Venue clore le congrès, la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert a annoncé de son côté la tenue d’une journée portant sur la gestion des risques organisée par le Caf (Conseil agricole français) le 10 octobre prochain.

Rosanne Aries