L’association avait déjà saisi en décembre le parquet national financier pour demander l’ouverture d’une enquête à Paris, mais sa plainte avait été transférée au parquet d’Ajaccio, qui menait déjà des investigations sur cette affaire pour « escroqueries aggravées ». Insatisfait, Anticor a donc déposé le 3 mai une plainte avec constitution de partie civile afin d’obtenir la désignation d’un juge d’instruction du pôle financier du tribunal de Paris.

Dépayser l’instruction

L’association dénonce des « détournements de subventions publiques agricoles massives », qui ont été rendus possibles, selon elle, « avec la complicité des autorités de contrôle », dont les services préfectoraux, accusées de « défaillances ». Selon Anticor, le montant des fraudes atteindrait 36 millions d’euros, sur la période de 2015 à 2019, selon ses plaintes dont a eu connaissance l’AFP.

Un juge d’instruction spécialisé au pôle financier du tribunal de Paris « doit être saisi pour garantir les conditions d’indépendance de l’enquête qui a été malmenée en Corse », fait valoir Jérôme Karsenti, avocat d’Anticor. Au regard de la « complexité de l’affaire », « il lui appartient de coordonner les investigations de manière cohérente, hors de toute pression affairiste » susceptible de « perturber la sérénité de l’enquête », a souligné l’avocat.

Les services de l’État pointés du doigt

Dans sa plainte, l’association s’est notamment étonnée de la présence côte à côte au début de février lors du comité départemental antifraude (Codaf), du procureur de la République d’Ajaccio, Éric Bouillard, autorité de poursuite, et de la préfète de la Corse, Josiane Chevalier, alors que les services de l’État « ont largement dysfonctionné ». « Personne n’est intouchable en Corse », avait martelé à l’issue de cette réunion la préfète.

Anticor souligne qu’en outre « d’autres faits se sont révélés en Haute-Corse » et font l’objet d’une autre enquête menée par le parquet de Bastia pour « escroquerie ». « Un saucissonnage » procédural nuirait à « la recherche de la vérité », insiste Anticor.

Dans un rapport du 21 juin 2018, l’Olaf, Office antifraude de l’Union européenne, saisi par le groupe local Anticor Corse et des particuliers, avait conclu que des propriétaires s’étaient livrés à « une chasse à l’hectare » en surévaluant les surfaces pour lesquelles ils demandaient des aides et ce avec la complaisance des organisations professionnelles. Le signalement faisait état aussi d’exploitations « totalement » fictives. L’Olaf avait pointé du doigt « les services de l’État » estimant qu’ils avaient tardé à prendre « des mesures correctrices ».

AFP