Au début de mai, les membres de l’association AMR58 (association d’aide au monde rural), créée au début de janvier par une poignée d’éleveurs de la Nièvre en procédure collective, n’avaient toujours pas reçu sur leurs comptes le paiement des aides bovines 2015. « Ils sont en train de nous balader », s’insurge Sandrine Richard, secrétaire de l’association et épouse d’un éleveur en difficulté.

« À la fin de l’année dernière, la direction de la DDT s’était engagée par écrit à nous verser la totalité des aides Pac 2015 au plus tard le 30 avril. En février, elle nous a dit qu’à cette date nous n’aurions que les aides animales et les autres en juin. Aujourd’hui, elle nous dit que nous n’aurons les aides animales qu’à la fin de mai, les autres du premier pilier au mieux en juin. Et on parle de septembre pour l’ICHN et les MAEC ! »

Détresse financière et morale

Les agriculteurs en procédure collective ont été exclus par le ministère du dispositif d’ATR (apport de trésorerie remboursable) censé pallier le retard dans le paiement des aides Pac 2015. Ils attendent avec inquiétude le versement des « vraies » aides.

On nous baladeSandrine Richard, secrétaire de l’association AMR58.

Mais le retard de calendrier semble s’aggraver, mettant ces agriculteurs dans une situation intolérable. « On est mal, confirme Sandrine Richard. Nous avons eu la chance de pouvoir repousser nos plans [de continuation ou de redressement, NDLR] au 30 juin. Mais si nous n’avons pas totalité des aides d’ici là, le liquidateur judiciaire risque de réclamer la liquidation de nos entreprises. » Sandrine et ses collègues vivent au jour le jour.

« Nous avons vendu ce que nous pouvions, décalé l’achat d’aliment, décapitalisé, mais on ne va pas tenir longtemps. Nous sommes à bout de souffle sur tous les plans : professionnel, financier, juridique et familial. » Quelques milliers d’agriculteurs en France partagent ces difficultés et cette attente insoutenable, pendant que le ministère prend son temps (pour bien faire, a-t-il assuré à plusieurs reprises) et fait la sourde oreille à leurs demandes depuis six mois.

Arielle Delest