Que reste-t-il dans les enveloppes Feader affectées à la bio et aux MAEC ? Les Régions disposent-elles de suffisamment de crédits pour continuer à financer ces mesures en 2017 et les années suivantes ?

Jean-Pierre Raynaud : Nous sommes dans une situation plus que tendue dans un bon nombre de Régions, notamment du Sud, l’Occitanie en premier lieu. Mais c’est aussi le cas de la Nouvelle-Aquitaine, de la Région Paca, du Centre, de l’Auvergne, du Rhône-Alpes, de la Bretagne… En réalité, hormis le Grand Est, les Hauts-de-France ou la Picardie, la situation est très tendue. Aujourd’hui, dans ma région, la Nouvelle-Aquitaine, nous pouvons considérer que notre enveloppe Feader pour les MAEC et la bio sera entièrement consommée dès la fin de 2016. Une fois les dossiers de 2016 payés, je pense que nous n’aurons presque plus rien pour 2017 et la fin du programme.

Si un exploitant dépose un dossier en 2017, en bio comme en MAEC, il n’est pas sûr d’obtenir les aides correspondantes ?

J.-P. R. : J’ai de réelles inquiétudes et je ne vois pas comment on pourra tenir jusqu’en 2020. Il va falloir trouver des solutions. Nous avons interpellé le ministre de l’Agriculture lors des derniers comités État-Régions sur cette situation. Il faut collectivement que l’on trouve des solutions parce que les Régions n’ont quasi aucune marge de manœuvre, et ce, malgré la possibilité que nous avons de faire glisser des crédits du Feader d’une action vers une autre…

Il y a de tels besoins par ailleurs : en élevage ou pour les productions végétales… Nous sommes à de tels niveaux d’investissement qu’il n’est pas possible aujourd’hui de mobiliser davantage de crédits sur la bio, ou les MAEC. Par exemple, en Nouvelle-Aquitaine, nous menons déjà des actions phares pour réduire l’usage des pesticides, qui mobilisent du Feader… Je ne vois pas comment, de ce fait, nous pouvons en plus abonder davantage l’enveloppe bio ou MAEC.

Est-ce nécessaire de soutenir l’aide au maintien en bio pour l’ensemble des filières ?

Les Régions ont-elles pris des engagements pour certains projets que, faute de moyens, elles ne pourront pas honorer ?

J.-P. R. : Les gens qui se sont engagés jusqu’à maintenant recevront bien leurs aides. Ceux de 2015 ont déjà eu des acomptes. Et leur solde devrait être payé dans le courant de l’année 2017. Il y aura sans doute des situations délicates à gérer. Aujourd’hui, c’est un vrai souci : je suis interpellé quotidiennement par des agriculteurs qui sont dans cette situation. Même si ça n’est pas de notre responsabilité et que ces retards de paiement sont entièrement dus à un dysfonctionnement de l’Agence de services et de paiement, nous sommes en première ligne, et donc en tant qu’autorité de gestion, c’est nous qui prenons les coups…

Il y a des situations impossibles à gérer. Et je comprends que ce soit difficile à accepter pour les agriculteurs. Nous devons appliquer des règles du jeu, dans une absence de visibilité totale… L’équation à l’heure actuelle est insoluble. C’est pourquoi nous avons demandé au ministre de l’Agriculture de refaire le point sur l’ensemble des règles. Et surtout pour donner de réelles perspectives aux agriculteurs en bio. On ne peut plus de faire en chèque en blanc sur ces sujets.

Au final, les demandes en bio ont été très mal estimées ?

J.-P. R. : Je pense effectivement que le succès a été sous-évalué. On peut s’en réjouir ou le déplorer, mais maintenant, il faut que l’on gère… Il aurait sans doute fallu définir des priorités : ce qui est important, c’est la conversion. En revanche, soutenir le maintien… Est-ce nécessaire sur l’ensemble des filières ? Le marché peut-il tout absorber ?

Il faudra qu’à un moment donné le modèle économique de la bio assure son développement. Je comprends qu’il y ait des accompagnements sur la conversion. Mais le marché de la bio doit progressivement pouvoir assurer son développement. Au regard de cette situation, il convient de définir un nouveau pacte entre la profession, les Régions et l’État pour l’accompagnement du bio et des MAEC.

Propos recueillis par Rosanne Aries