Le groupe Carrefour a été choisi par le tribunal de commerce de Paris pour reprendre Bio c’ Bon, le distributeur spécialisé de produits issus de l’agriculture biologique, et son millier de salariés. Preuve de l’importance de l’opération, c’est le grand patron lui-même, Alexandre Bompard, qui a officialisé la nouvelle sur son compte Twitter : « Chers collaboratrices et collaborateurs de Bio c’ Bon, soyez les bienvenus au sein du groupe Carrefour. »

L’enseigne de grande distribution était notamment opposée pour ce rachat avec le spécialiste du secteur Biocoop et le groupe familial Zouari (actionnaire des surgelés Picard), qui proposaient également la reprise d’une large part des salariés. Mais Carrefour a offert le meilleur prix, donnée importante car elle permet notamment d’apurer le passif de Bio c’ Bon.

« Être le leader de la transition alimentaire pour tous »

Dans une lettre aux salariés de Bio c’ Bon, le PDG de Carrefour évoque « une ambition immense, […] être le leader de la transition alimentaire pour tous, c’est-à-dire d’une alimentation de qualité, saine et respectueuse de l’environnement ». Cette ambition est aussi quantifiée : le groupe a prévu de réaliser 4,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en produits bio en 2022, contre 2,3 milliards d’euros en 2019.

Jusque-là, le réseau bio spécialisé de Carrefour était plutôt limité puisque sa filiale So.bio compte à l’heure actuelle 23 magasins, plus 5 de la société Bioazur rachetée à la mi-octobre. Avec Bio c’ Bon, ce sont plus de 100 magasins aux emplacements souvent privilégiés qui tombent dans son escarcelle.

« Cette acquisition permet à Carrefour de renforcer son savoir-faire de proximité, ainsi que la capillarité de son réseau avec ces emplacements, d’une part, et d’autre part lui permet d’augmenter son emprise dans la catégorie du bio, qui présente plusieurs vertus, un taux de croissance positif et une résonance avec la promesse du groupe » quant à l’alimentaire de qualité, observe Yves Marin, expert du secteur de la distribution au sein du cabinet Bartle.

« Le rachat de Bio c’ Bon et son intégration à So.bio permettront de constituer un acteur majeur de la distribution spécialisée bio, dont vous serez les acteurs au quotidien », écrit encore Alexandre Bompard aux salariés de l’enseigne, qui avait été placée au début de septembre en redressement judiciaire.

Deux rivaux sérieux

Carrefour a offert 60 millions d’euros de « prix de cession » et avait annoncé 40 millions d’euros d’investissements dans son offre de reprise. C’est ce qui lui a permis de l’emporter face à deux rivaux sérieux, Biocoop et le groupe familial Zouari, qui proposaient également la reprise d’une large part des salariés.

La famille Zouari a été la première à réagir, pour prendre « acte » de la décision du tribunal de commerce. Elle « adresse tous ses vœux de succès et de réussite aux équipes de Carrefour et de Bio c’ Bon dans la mise en œuvre de ce projet ». Elle s’est en outre dite, dans un communiqué, « convaincue que Bio c’ Bon était une pépite, qui disposait de tous les atouts, à commencer par ses talents, pour réussir à relever les défis qui étaient devant lui et devenir un des leaders de son marché ».

« On est déçus, parce qu’on avait vraiment la volonté de voir aboutir cette reprise », a commenté pour sa part le président de Biocoop, Pierrick de Ronne. Toutefois, « on est allé au bout de notre proposition qui reflétait de manière sincère tout notre projet coopératif de distributeur spécialisé », a-t-il encore déclaré, satisfait aussi « de voir que les salariés allaient être reclassés ».

Interrogé sur la concurrence que va livrer à son groupe un Bio c’ Bon soutenu par Carrefour, il a répondu que « des spécialistes proches de la grande distribution, cela existait déjà ». En outre, « Bio c’ Bon existait déjà et je suis très confiant dans le projet de Biocoop et dans sa différenciation, on travaille avec 93 % de TPE et PME ; on aura derrière nous tout un écosystème qui sera différent de celui de la grande distribution », a-t-il estimé

Les collectifs réagissent à la nouvelle

Enfin Adibio, un des collectifs défendant les quelque 2 800 particuliers qui avaient investi entre 20 000 et 200 000 euros dans le développement de l’enseigne Bio c’ Bon et qui craignent de ne pas revoir leur mise, « se tient à la disposition des conseils du groupe Carrefour pour que les intérêts de ces particuliers et consommateurs fidèles du bio soient convenablement pris en compte ». Un autre collectif, « C’Pabon », a demandé aux investisseurs de déclarer leurs créances auprès des mandataires judiciaires de Bio c’ Bon avant le 18 novembre.

Avec l’AFP