« On peut prendre en compte la désespérance du milieu agricole qui est réelle, répond Nicolas Hulot, l’ancien ministre de la Transition écologique à Natacha Polony, la directrice de l’hebdomadaire Marianne, qui vient de lire son édito sur les résultats décevants des États-généraux de l’alimentation. Sortir de cette confrontation stérile, de ce que certains appellent l’agribashing. »

« Pour une mutation du modèle agricole »

C’est bien sûr de modèle agricole dont Nicolas Hulot va ensuite parler, défendant toujours la même ligne. « L’argent est là, reprend-il. Si on le conditionnait, et on le fléchait pour cette mutation progressive du modèle agricole et du modèle alimentaire, on pourrait passer d’une agriculture intensive en pesticides à une agriculture intensive en emploi. »

« La raison pour laquelle j’ai boycotté, et on m’en a fait reproche à l’époque, la restitution des États-généraux de l’alimentation, c’est qu’on a fait venir des hommes et des femmes, [pour participer aux réflexions]. Ils ont fait une liste de préconisations dans un atelier qui avait été piloté par le député Dominique Pottier, aucune de ces préconisations n’a été reprise. »

« On demandait pas des choses révolutionnaires »

Quelle était la nature de ces propositions ? « On demandait, et ce n’était pas des choses révolutionnaires, des distances entre les zones d’épandage de pesticides, les habitations et les écoles, un jour par semaine dans les cantines scolaires où on n’aurait pas mangé de viande, répond Nicolas Hulot. C’était des choses de bon sens. »

Plutôt que de démissionner du gouvernement, Nicolas Hulot aurait dû patienter pour participer à la création des ZNT, zones de non-traitement. Ou encore voir l’arrivée du repas végétarien dans les cantines scolaires. Et quand Natacha Polony met en avant la concurrence qu’attise la grande distribution comme cause de l’échec des États-généraux de l’alimentation, que répond-il ?

« Le levier de la restauration collective »

« On est bien d’accord. Imaginez qu’on ait utilisé le levier de la restauration collective, les milliards de repas qui sont distribués chaque année dans les cantines privées […] et publiques. Qu’à terme, quasi 100 % de cette restauration collective s’alimente en circuits courts et de proximité que vous pouvez mettre dans le cahier des charges. »

« Là, vous allez totalement créer le marché et faire en sorte, qu’à terme, très rapidement, les aliments issus d’une production de qualité soient concurrentiels avec ceux issus d’une agriculture conventionnelle », argumente Nicolas Hulot. La loi adoptée après les EGA prévoit pourtant pour la restauration collective publique achète 50 % de produits dits de qualité. À croire que l’ancien ministre d’Emmanuel Macron a vécu en dehors du monde réel depuis son départ du gouvernement.

E.R.