Alors que la France souhaite déployer un affichage environnemental sur les denrées alimentaires, l’Itab (Institut technique de l’agriculture biologique) s’inquiète du mode d’évaluation des produits concernés.

Dans la perspective de cet affichage, l’Ademe a développé un outil, nommé Agribalyse, reposant sur l’analyse du cycle de vie (ACV) des produits. Sur l’ensemble du cycle de vie des produits évalués, la phase de production agricole concentre la majorité des impacts sur l’environnement : 84 % en moyenne. Les impacts de l’emballage, du transport et du process de transformation apparaissant comme mineur.

Mauvaise note à la bio

Or, dans cette base de données, « les produits extensifs et bio reçoivent des scores d’impact environnemental défavorables par rapport aux produits conventionnels et intensifs », relève l’Itab. Ces résultats qu’elle qualifie d’« aberrants » ne sont pour autant pas surprenants, selon l’Institut, qui souligne que la méthodologie ACV présente de nombreux biais.

Trop d’impacts ignorés

Premièrement, « les impacts étant rapportés à l’unité fonctionnelle massique, donc au rendement, [les résultats] pénalisent les systèmes extensifs, bio, et les territoires à faible potentiel productif ».

D’autre part, cette méthode de calcul « ignore certains impacts environnementaux négatifs majeurs, en particulier les impacts des pesticides dans les cultures et des antibiotiques en élevage, les enjeux liés à l’effondrement de la biodiversité et les impacts sur la qualité du sol ». À l’inverse, elle ignore également les effets positifs de certains systèmes de production, notamment sur la biodiversité ou le stockage du carbone.

D’autre part, l’Itab estime qu’il faudrait prendre en compte « les effets de seuils et de saturation aux échelles locales », lorsque des productions sont particulièrement concentrées sur un territoire. Enfin, certains modèles utilisés sont « imparfaits », selon l’Institut, qui évoque le cas de l’azote et de la toxicité engrais organiques.

Incohérences avec les politiques publiques

« Les méthodes de calcul d’Agribalyse ne sont pas mûres aujourd’hui et ne permettent pas de faire de l’écoconception ou d’améliorer les pratiques au champ », conclut l’Itab, qui « appelle à la plus grande prudence dans l’usage qui peut être fait aujourd’hui des scores ACV d’Agribalyse pour communiquer sur des performances environnementales ».

L’Itab craint notamment que l’utilisation de cet outil, en l’état, provoque « des incohérences avec les politiques publiques en faveur de la transition écologique de l’agriculture, mais aussi avec les préoccupations des citoyens et les attentes sociétales (bien-être animal, paysages…) ».

Bérengère Lafeuille