« Noël, c’est un gros morceau, ce n’est pas facile à gérer. » Cela fait trente ans que Nadine s’occupe de ses chèvres sur son exploitation à Assigny, dans le Cher. Un troupeau qui compte aujourd’hui 150 têtes, dont 120 chèvres en production.

Avec l’aide de ses deux salariées, elle transforme tout le lait : fromages, faisselles et yaourts en tout genre. Des produits vendus à la grande distribution, que Nadine livre et installe elle-même dans les rayons des magasins les plus proches.

Ouvrir ses portes à la famille

« Il y a beaucoup de gens qui viennent en vacances, dans les environs et qui vont venir visiter la ferme. » Dans ce village à deux heures de Paris, de nombreuses familles ont des maisons de vacances, où elles se réunissent pour les fêtes de fin d’année.

Nadine fait découvrir aux Parisiens les bêtes et les méthodes de transformation. © DR

Des citadins qui viennent pour acheter les produits de Nadine, mais aussi pour échanger. « Ils viennent regardent les animaux, ils discutent, ils prennent le temps. » Une sorte de deuxième famille pour Nathalie, qui retrouve avec plaisir ces habitués. « C’est agréable de revoir les mêmes têtes, ça aussi, ça fait partie des fêtes. »

Pour Nadine, l’esprit de Noël a cependant changé depuis quelques années. « Maintenant, c’est la veille pour le lendemain, on y pense moins en avance. » Des fêtes, qui, placées sous le signe des achats, manquent pour elle de simplicité. « Avant, on était en famille, on allait à la messe de minuit, c’était plus serré. »

Anticiper les demandes des clients

Pour empêcher sa production de baisser juste avant les fêtes, Nadine désaisonne ses chèvres, grâce à l’éclairage du bâtiment, pour obtenir un pic de lactation au début du mois de décembre. « Jusqu’à Noël, j’ai tout mon troupeau qui tourne, et après, j’arrête un des lots. »

Les produits de la chèvrerie Caprimarne. © DR

Nadine commence à préparer les fêtes vers le dix décembre. « Là j’ai déjà fait ma livraison pour Noël, ça m’a presque vidé la fromagerie. » Pour ses clients de la grande distribution, Noël est une période importante, pour laquelle ils commandent d’importantes quantités.

Et le jour dit, pas question de se reposer. « C’est une journée normale pour nous. » Cette année, la patronne ne sera pas d’astreinte, c’est l’une des salariées qui fera la traite l’après-midi. « Et moi, le soir, je mettrai les pieds sous la table ! C’est mon ami qui cuisine… »

Des chevrettes sous le sapin

Le meilleur cadeau que l’on pourrait faire à Nadine ? « Des chèvres ! Je n‘en ai pas assez pour répondre aux demandes de mes clients. » C’est la gestion du troupeau qui l’empêche d’avoir les 150 chèvres en production dont elle rêve. « C’est compliqué de maintenir un élevage, on a souvent des accidents de parcours. »

Même le père Noël aura pourtant du mal à répondre à ce souhait. « Les chevrettes, on se les arrache, c’est devenu introuvable. » Parmi les récentes déceptions de Nadine, un achat de troupeau charentais qui a échoué au dernier moment. « C’est à nous de les élever, on n’a pas le choix. »

Le conseil de Nadine pour déguster ses fromages ? « Avec un petit Sancerre ! » C’est même avant le repas, pendant l’apéritif, que l’on sentirait le mieux le goût du fromage. « Les clochettes apéritives, par exemple, c’est très bon. Ça change des petits gâteaux, et c’est bien plus sain ! »

Ivan Logvenoff