Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Les élevages plombés par la sécheresse

réservé aux abonnés

Fourrages - Les élevages plombés par la sécheresse
Michel Steffen, et sa fille Linda, salariée sur l’exploitation familiale à Zoufftgen en Moselle, connaissent leur deuxième sécheresse consécutive. © D. Péronne© D. Péronne

Les deux épisodes de canicule du début de l’été pèseront lourd sur des élevages déjà fragilisés par une météo capricieuse en 2018. Les situations restent très contrastées, mais des solutions d’adaptation se mettent en place.

En Pays de Loire, la situation est très préoccupante pour les maïs et les prairies. « À partir de la première vague de canicule, on a vu un arrêt de la pousse de l’herbe », constate Baptiste Cornette, en charge de la ferme expérimentale des Établières, en Vendée. « L’herbe est grillée, alerte Delphine Breton, chargée de mission viande bovine à la chambre d’agriculture de la Sarthe. Les 10 à 20 mm d’eau du dernier week-end de juillet n’ont eu aucun effet réparateur. Le taux de mortalité des plantes prairiales pourrait être important. » Dans son département, les éleveurs affouragent depuis fin juin. Pour les deux conseillers, il est essentiel de sacrifier des paddocks pour stationner les animaux afin de préserver les autres.

Les rendements et la valeur alimentaire des maïs pénalisés

En maïs, la situation est encore plus alarmante. Le manque d’eau pénalise les rendements et la valeur alimentaire. En Mayenne, la chambre d’agriculture estime que 2019 risque d’être l’une des pires des trente dernières années. En Vendée, Baptiste Cornette envisage une baisse de rendement de 40 % pour les parcelles non-irriguées, et de 10 à 15 % en cas d’irrigation. Le constat est similaire en Maine-et-Loire et Loire-Atlantique, même si quelques orages ont pu améliorer localement la situation.

« Les parcelles sont hétérogènes, mais certains maïs sont en train de griller sur place, témoigne Jean Tourneux, conseiller d’élevage en Vendée chez Seenovia. Les éleveurs vont devoir prendre des décisions : décapitaliser et ou acheter des stocks. Cela va fragiliser des exploitations où la situation était déjà délicate. » Note positive, en céréales, les récoltes ont été bonnes, assurant les volumes de paille. Le printemps a aussi permis de faire des stocks satisfaisants d’enrubannage et d’ensilage d’herbe.

Les sources tarissent

En Auvergne aussi, le manque de pluie continue d’angoisser les éleveurs. Certains secteurs souffrent de la pénurie d’eau depuis le 14 juillet 2018 ! Les espoirs portent désormais sur une pluie qui tomberait dans les dix à quinze jours à venir. « Nous espérons alors semer des dérobées et valoriser les repousses des prairies en fin d’été », avancent timidement des éleveurs de l’Allier et du Puy-de-Dôme. Dans l’Allier, l’année 2018, déjà très sèche, avait plombé les stocks fourragers. Cet été, les récoltes affichent, par endroits, 50 % de déficit, tandis qu’il ne repousse rien depuis le 15 mai.

L’abreuvement des animaux reste un sujet très compliqué. Suite à l’assèchement des sources et des rivières, le recours à l’eau de ville va générer des factures très élevées. Un sujet de forte préoccupation pour Bruno Laprote, qui élève 85 charolaises à Chassenard, dans l’Allier. « J’ai commencé à donner de l’eau de la ville en juillet l’an passé et en avril cette année. Mon père, qui a 92 ans, voit tarir des sources qui ne l’ont jamais été. Il n’y a eu aucune repousse depuis les récoltes de foin et d’enrubannage. Je donne du fourrage au pré depuis le 14 juillet. À ce rythme, les stocks fondent. Les semis de dérobées ne germent pas, car le sol est trop sec. Je n’ai pas sorti un lot de « babynettes » au pré pour économiser de l’herbe, mais elles me coûtent cher en bâtiment. »

Dans le Puy-de-Dôme, le service agriculture du conseil départemental a mis en place des contrats entre éleveurs ou entre céréaliers et éleveurs pour favoriser l’autonomie fourragère des exploitations, depuis 2017. Moyennant une aide de 170 €/ha de dérobées pour celui qui sème, la récolte est mise gratuitement à disposition de l’éleveur manquant de fourrages.

Réformer tôt

Dans le Cantal, les zones d’altitude transformées en « paillassons » ont été marquées par une épisode très froid tardif, suivie de périodes très chaudes. En Haute-Loire, plusieurs réunions organisées par la chambre d’agriculture dégagent des pistes de solutions : des semis de couverts végétaux (RG, avoine, vesce…) à partir du 15 août pourraient permettre des récoltes fin octobre début novembre. La germination des graines reste, toutefois, dépendante de pluies à venir.

« Nous préconisons aussi l’achat d’aliments à forte teneur en matière sèche (céréales, luzerne déshydratée, paille…) afin de réduire le coût du transport rapporté au kilo de matière sèche, explique Yannick Fialip, président de la chambre d’agriculture. Au niveau des cheptels, les réformes peuvent être vendues plus tôt et les animaux engraissés un peu moins lourds. »

En Bourgogne, et notamment à l’ouest de la Saône-et-Loire, il n’y a pas eu de repousse non plus. Les agriculteurs ont le sentiment de ne pas être sortis de la sécheresse de 2018. L’hiver très sec n’a pas permis de reconstituer les réserves hydriques. Plus largement en Bourgogne Franche-Comté, le maïs non irrigué est à la peine. « La sécheresse persistante marque les derniers semis (cultures dérobées) et les parcelles à faible réserve utile sans irrigation, pointe la chambre régionale d’agriculture. Alors qu’un tiers des parcelles de maïs a atteint le stade floraison femelle, la réserve facilement utilisable (RFU) de tous les sols est maintenant épuisée, le potentiel des cultures sans irrigation commence à être partout bien affecté. »

Marion Coisne, Monique Roque-Marmeys, Anne Bréhier

Témoignage
« Nous nous battons pour ne pas décapitaliser »

Le 5 août, Michel Steffen rentre avec une remorque de paille achetée chez un agriculteur distant de 15 km. « Nous pratiquons l’échange paille-fumier en prenant comme tarif de base de 20 à 25 €/t en andains. » Cet agriculteur de Zoufftgen, dans le nord-Moselle, a également commencé à se réapprovisionner en luzerne, qu’il achète sur pied, l’équivalent de 26 ha. D’ici quelque temps, ce sera en corn et en maïs ensilage, également sur pied. « L’été dernier, nous avions acheté de la pulpe, mais il n’y en a pas cette année », souligne sa fille Linda, salariée sur l’exploitation. Au sein de cette structure de 200 ha, dont 100 en herbe et maïs, la partie élevage comprend un troupeau de 130 charolaises et un atelier de 400 taurillons. En ce début août, les prairies sont des paillassons.

L’histoire se répète pour la deuxième année consécutive. Avec un bémol positif, les récoltes d’herbe ont été bonnes pour 2019 et les stocks de fourrages étaient corrects début juillet, même s’il a fallu commencer à « taper » dedans. « On ne se plaint pas trop, tempère l’agriculteur. Cela fait quinze jours qu’on a installé les râteliers dans les parcs. Notre objectif étant de garder tous nos animaux. Il nous faut tenir pour avoir des veaux cet hiver, alors nous soignons l’alimentation, pour préserver la fertilité. »

L’an passé, Michel Steffen estime avoir acheté pour 55 000 € de fourrages supplémentaires. Somme pour laquelle il aura touché 20 % d’aides du département et de la Région. Cette année, il prévoit de débourser autant. « Ce sera très compliqué pour la trésorerie, mais nous raisonnons au plus serré. Un point positif de la sécheresse, elle fait de nous des gestionnaires hors pair ! »

Dominique Péronne

Évaluer le potentiel de son ensilage de maïs

Avant d’ensiler son maïs, « la connaissance des potentiels des parcelles est primordiale », avertit Arvalis. Le diagnostic prend en compte le stade des plantes, le nombre de grains par mètre carré, l’aspect de l’appareil végétatif et son potentiel d’évolution (consulter les grilles d’évaluation sur www.arvalis-infos.fr).

« Si toutes les feuilles sont sèches, il n’y a plus d’espoir que les plantes redémarrent en végétation, précise Hugues Chauveau, d’Arvalis. La parcelle peut être récoltée. L’intérêt économique du passage de l’ensileuse est à considérer en fonction de l’état des stocks de l’exploitation. Même en l’absence d’épi, le maïs peut avoir une valeur énergétique correcte (de 0,80 à 0,90 UF/kg de matière sèche), à condition d’être récolté tôt. »

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !