« Agriculteurs versus urbains, le face-à-face », un titre évocateur pour le premier colloque organisé, le 20 novembre 2012, par l'Agence des espaces verts (AEV) et JA de la Région Ile-de-France. Cette journée, à laquelle étaient conviés agriculteurs, associations et élus, aura servi au moins à s'apprivoiser, au mieux à se comprendre.

L'AEV est un établissement foncier dont les missions sont l'accroissement des espaces naturels ouverts au public, la préservation de la biodiversité et le maintien des espaces agricoles périurbains. Elle intervient au sein de périmètres régionaux d'intervention foncière (PRIF), en partenariat avec la Safer et les conseils généraux, et peut acquérir, si c'est nécessaire, des espaces agricoles. « L'AEV ne cherche pas à être propriétaire à la place des agriculteurs. Elle est là pour intervenir sur des zones fragilisées », rassure Olivier Thomas, son président.

Quelque 1.500 hectares de terres agricoles disparaissent chaque année au profit de l'urbanisation dans l'Ile-de-France. Une région où le foncier est plus qu'ailleurs fragilisé. « La volonté des collectivités pour en réduire la consommation est affichée, à l'image du plateau de Saclay (20 km au sud-ouest de Paris) et des 2.300 hectares de terres préservées », rappelle Olivier Thomas.

Les chambres d'agriculture de l'Ile-de-France font front, depuis de longues années, pour préserver le foncier agricole. En 2011, des Commissions départementales de la consommation des espaces agricoles (CDCEA) ont d'ailleurs été mises en place. Elles sont chargées de procéder à l'impact de chaque projet d'urbanisme sur l'activité agricole (recensement des exploitations concernées, trajet des engins, positionnement des parcelles, etc.).

« Ces bonnes intentions sont vite supplantées par des intérêts économiques divergents », enrage Christophe Hillairet, le président de la chambre, en référence aux amendements des élus du conseil régional vis-à-vis du schéma directeur de la Région Ile-de-France (SDRIF) pour convertir 80 hectares de zone agricole en centre d'entraînement pour le club de football Paris Saint-Germain.

Rétablir le lien entre ville et campagne

Si l'ensemble des intervenants du colloque a reconnu l'absolue nécessité de sauvegarder la « matière première des agriculteurs », leur vision de l'agriculture diffèrent, voire s'opposent. Lors de ce colloque, chaque intervention visait la confrontation des points de vue. L'environnement, la préservation du foncier, la place de l'agriculture (et des agriculteurs) en ville, les aides Pac, sont autant de sujets qui « ont fait débat » tout au long de cette journée.

La proximité des agriculteurs franciliens avec l'agglomération parisienne est autant un atout (circuits courts) qu'une contrainte (rapports avec le voisinage, difficulté de transports, etc). Sur ce point encore, les avis divergent. D'un côté, des élus et des associations qui souhaitent développer le maraîchage et la vente de proximité pour répondre à la demande de 12 millions de consommateurs. De l'autre, une profession agricole qui invoque le manque de rentabilité de ces exploitations et les difficultés liées au vol. « Les citadins oublient trop souvent qu'une exploitation agricole a besoin de fournisseurs, d'intrants, etc. Créer des îlots agricoles au beau milieu d'une agglomération est joli sur le papier, mais est-ce rentable concrètement pour ceux qui s'installent ? », interroge Damien Greffin, le président de la FRSEA.

« Méconnaissance et préjugés des uns envers les autres ont été mis en exergue lors de cette journée, mais le premier objectif, qui était de rétablir le dialogue, a été atteint », estime Olivier Thomas. Une chose est certaine, en Ile-de-France, l'agriculture intéresse.

Ce colloque aura aussi rappelé aux agriculteurs que seuls 18 % des Français vivaient en zone rurale, et qu'une meilleure compréhension des réalités de leur métier passait par la communication.

P.B.