Quinze mille euros. C’est le prix moyen d’un hectare agricole en Nouvelle-Zélande, contre 6 000 euros en France. Cette valeur est inattendue pour un territoire grand comme la moitié de l’Hexagone, mais qui ne compte que 4,7 millions d’habitants, et où les prairies occupent les trois quarts de la surface agricole. La progression des prix du foncier agricole depuis 15 ans est tout aussi frappante : +13 % en moyenne sur cet archipel du Pacifique.

Le spectre chinois

Quel est le moteur de cette hausse ? Zack Dorner, économiste agricole à l’école de commerce Waikato Management School, explique le lien direct avec les profits du secteur : « La valeur des terres agricoles est soumise aux prix du marché mondial, qui ont été élevés sur le long terme pour les produits exportés par la Nouvelle-Zélande, en particulier les produits laitiers. » Une ferme laitière vaut ainsi plus de 20 000 euros l’hectare.

L’autre explication de la hausse du prix des terres tient à leur achat recrudescent par des firmes étrangères. En première ligne, les entreprises chinoises qui investissent dans les exploitations laitières font l’objet de nombreuses critiques.

Des conditions avant d’accepter des transactions

« L’achat de terres par des étrangers est devenu un sujet politique controversé ces dernières années, et il y a sans aucun doute un éventail d’opinions au sein du milieu agricole », commente Zack Dorner, prudent. Le manque de données officielles alimente les craintes. Il n’y a pas de registre des terres aux mains des étrangers. Autre difficulté, « les montages financiers associent souvent firmes étrangères et firmes néo-zélandaises », explique Ann Brower, professeur à la Lincoln University, spécialisée sur le foncier.

Tout achat de terres doit cependant être approuvé par le bureau des investissements étrangers (OIO). Et les chiffres de l’OIO montrent une accélération des ventes ces dernières années. L’OIO pose néanmoins des conditions avant d’accepter des transactions : par exemple, l’acheteur doit montrer un bénéfice pour le pays (comme créer de l’emploi). Un contrôle jugé pas toujours satisfaisant, car très peu d’investisseurs ont dû rendre leurs terres pour ne pas avoir respecté les conditions.

Spéculation foncière

L’augmentation des prix du foncier est aussi liée à une réalité bien néo-zélandaise cette fois. Il n’existe pas de taxe sur la plus-value foncière. Une règle qui favorise la spéculation foncière, selon Ann Brower. Elle dénonce l’affaire qui secoue actuellement l’île du sud du pays : depuis une vingtaine d’années, près de 400 000 hectares appartenant à la Couronne britannique ont été vendus aux fermiers. Des terres revendues par les nouveaux propriétaires à un prix 493 fois supérieur.

Magali Reinert, à Auckland

(1) La Chine est le principal importateur de lait néo-zélandais.