Le marché annuel des reproducteurs charolais inscrits porte sur près de 20.000 taureaux. La FCO n'a pas épargné le secteur, provoquant une chute des ventes de plus d'un tiers, et même leur arrêt entre le 1er septembre et le 15 octobre dernier. Les foires d'Avallon (Yonne), d'Arnay-le-Duc (Côte-d'Or), de Pouilly-en-Auxois (Côte-d'Or), et les concours de Magny-Cours (Nièvre), d'Alençon (Orne), de Nozay (Loire-Atlantique) et de Poitiers (Vienne) ont tous été annulés.

Après l'harmonisation du zonage, les manifestations de Gueugnon (Saône-et-Loire), Autun (Saône-et-Loire) et Charolles (Saône-et-Loire) ont pu avoir lieu en novembre. Mais l'ambiance n'était pas un rendez-vous. A la vente aux enchères de Charolles, sur 600 animaux engagés, 100 seulement ont trouvé preneur.

Tous les concours ont été affectés par l'inquiétude des éleveurs causée par l'apparition de cas cliniques et la baisse des cours des broutards. Cet hiver, les achats en ferme ne connaissent pas leur élan habituel. L'évolution des prix de vente s'est alignée sur celle des broutards, ce qui représente un manque à gagner de 300 à 400 € par reproducteur vendu dans une fourchette de 2.200 à 3.500 €.

François Gauthé, sélectionneur à Vandennesse (Nièvre), a tout de même fait partir des animaux de bonne valeur génétique, mais à un prix inférieur de 30% à l'an dernier. «Nous allons devoir supporter cette crise pendant plusieurs années car nous ne sommes plus indemnes pour longtemps», déplore-t-il.

Aux perturbations commerciales s'ajoutent les problèmes de fertilité des vaches, les avortements et la baisse de croissance des veaux. Luc et Régis Malnoury sont à la tête de 80 vaches à Recey-sur-Ource (Côte-d'Or). Dix ont coulé. «Ces problèmes sanitaires affaiblissent le potentiel génétique de notre troupeau», déplore Luc.

«Déjà, des acheteurs nous demandent un test de spermatozoïdes des taureaux, poursuit Agnès Mortier, éleveuse dans les Ardennes. Pour l'instant, nous ne souhaitons pas nous engager dans cet engrenage compte tenu des charges supplémentaires.»

De nombreuses ventes à l'étranger sont aussi en stand-by. Les débouchés habituels en Irlande, en Espagne et en Angleterre ont été remis en cause depuis l'automne.

«Nous avions des promesses d'achat et des accords avec des clients russes pour plusieurs centaines de têtes, rappelle Michel Baudot, le président du Herd-book. Mais ces animaux ne doivent pas provenir d'élevages positifs, ce qui complique les possibilités de trouver des sujets. Nous souhaitons pouvoir faire modifier cette réglementation sanitaire.»

La stérilité, une question en suspens

Les animaux sont «supposés sains» lors de la vente dans la zone réglementée. Habituellement, les sélectionneurs s'engagent à reprendre le taureau au cours des six mois suivant la cession lorsque sa stérilité est prouvée. Mais cette année, avec la FCO, comment savoir à qui en revient la responsabilité?

Le risque de stérilité à cause de la maladie est réel, et beaucoup s'interrogent sur la garantie que constitue une sérologie négative à l'achat. «On espère seulement une accalmie de la maladie pendant les mois sensibles de la mise à la reproduction dans les élevages», conclut Louis Grivaud, sélectionneur à Saint-Romain-sous-Gourdon, en Saône-et-Loire.

C.-H. P.