Céréalier et viticulteur dans le Lot-et-Garonne, Patrick Darot est fatigué des débats actuels autour de la molécule honnie. « Ils se plantent en croyant que le glyphosate détruit la vie de nos sols. Nous, c’est par le glyphosate qu’on les fait revivre ».

Pour apporter des preuves de l’efficacité de ses pratiques en matière de couverts et de non-labour, et mesurer l’activité biologique de ses sols, il a donc enfoui à son tour des culottes dans ses sols. Et après quatre mois de dégradation, le résultat est à la hauteur de ses espérances.

La digestion des slips

C’est lors d’une formation organisée par le Ceta de Guyenne, auquel il est adhérent, que Patrick se lance avec ses collègues dans l’enfouissage de petits dessous. « Sarah Singla est intervenue pour nous aider à développer les couverts dans les cultures pérennes, et pour la partie pratique, nous sommes allés enterrer des slips dans nos parcelles ».

Les culottes ont été placées dans six exploitations, le long de rangs de vigne, comme chez Patrick, mais également dans des vergers de pruniers ou de noisetiers, et dans des champs de céréales. « Il faut les mettre à 7 ou 8 cm, dans la partie la plus vivante du sol. L’objectif c’est de voir la vitesse de destruction par les micro-organismes du sol », explique Patrick.

En déterrant les slips, le 21 février, les exploitants ont alors eu confirmation des observations réalisées lors de la formation dans les profils réalisés en octobre. La dégradation avancée du coton prouve que l‘humus de la plupart des exploitations est actif. « Avec nos couverts on est dans la bonne direction, et nos sols sont de plus en plus vivants », estime Patrick. Or, aucun d’entre eux n’est en agriculture biologique, et tous utilisent des herbicides.

Effet slip, effet fun

« Le slip, c’est pour l’effet fun, tempère Patrick, on aurait pu faire la même chose avec des carrés de coton ». La technique, pourtant, semble faire des émules. « À l’assemblée générale du Ceta, un ou deux autres exploitants ont dit qu’ils allaient en planter eux aussi, pour voir. » Au-delà de l’anecdote, l’initiative permet aux exploitants de se poser des questions sur leurs pratiques.

Ils réfléchissent d’ailleurs à trouver des méthodes alternatives de destruction des couverts, tout en regrettant déjà l’efficacité de l’herbicide total. « Le système qu’on veut nous imposer c’est du travail du sol, et c’est illogique. Mais nous allons continuer de suivre les parcelles ensemble, pour avancer sur notre gestion des couverts. C’est ça, la force du groupe ».

Ivan Logvenoff