(article mis à jour le 29 octobre à 10h)

Les neuf militants de la Confédération paysanne ont été condamnés mardi par le tribunal correctionnel d'Amiens à des peines allant d'une simple amende à 5 mois de prison avec sursis dans le dossier de la ferme des 1.000 vaches. La peine la plus forte a été prononcée contre le porte-parole du syndicat Laurent Pinatel, qui écope de cinq mois de prison avec sursis et 300 euros d'amende.

Cinq autres, quatre accusés comme M. Pinatel d'avoir commis des dégradations sur le site de la ferme alors en construction à Drucat-Le Plessiel, près d'Abbeville, et un cinquième poursuivi pour vol, lors d'actions menées en septembre 2013 et en mai 2014, ont également reçu des peines de prison d'au moins deux mois avec sursis.

Quatre des six militants en question, dont M. Pinatel devront s'acquitter d'une amende de 300 euros, tout comme leurs trois camarades qui étaient poursuivis pour refus de prélèvement d'ADN.

Dans une première réaction à ces condamnations, M. Pinatel a dénoncé le «deux poids, deux mesures» qui frappe les membres de son syndicat, en rappelant que la destruction du centre des impôts et du bâtiment de la mutualité sociale agricole à Morlaix par des légumiers en colère n'avait pas fait l'objet de poursuites.

Dans un dossier « éminemment politique », selon Mme Dale, procureur adjoint de la République d'Amiens, l'importance des dégradations - notamment celles qui avaient mis hors service la machine de traite en mai dernier - appelle à sanction, a estimé la magistrate.

Laurent Pinatel avait reconnu sa présence lors d'une incursion en septembre 2013 au cours de laquelle un tag géant avait été inscrit et de nombreux pneus d'engins de chantier dégonflés.

Il est également poursuivi pour recel dans le cadre du dossier sur les dégradations de la machine de traite. Des pièces, que les militants destinaient à être transmises symboliquement au ministre de l'Agriculture, n'avaient jamais été rendues.

Ces faits ne font pas des militants des « délinquants ordinaires », mais ils « doivent être sanctionnés », a souligné Mme Dale.

« Est-ce qu'on peut, au nom d'un idéal, faire des choses que la loi réprouve? »

« La question à laquelle vous devrez répondre : est-ce qu'on peut, au nom d'un idéal, faire des choses que la loi réprouve? », a-t-elle lancé à l'attention du tribunal.

« Pour les juristes que nous sommes, la réponse est non. Après il faut apprécier la culpabilité et la sanction à l'aune des personnalités présentes », a-t-elle ajouté, estimant que le débat doit se faire « en dehors de l'enceinte judiciaire ».

Commentant sur le cas des militants ayant refusé le prélèvement ADN, la magistrate a estimé que « la personne qui prend part à une action de ce type doit en assumer les conséquences ».

Un peu plus tôt, la partie civile, par la voix de son avocat, Me Frank Berton, avait estimé qu'on « peut mener un combat syndical, un combat politique, et c'est la noblesse de ceux qui sont ici. (...) mais on ne peut pas venir cautionner la réalisation de délits ».

Ces militants « ont une vision de l'agriculture différente, mais ce n'est pas ça qui justifie qu'on peut se moquer de la loi », a-t-il poursuivi.

Entre 1.500 et 4.000 manifestants

La partie civile s'est rebiffée à l'audience, refusant le rôle de « suppôts de satan » que certains veulent lui faire jouer, selon les mots de Me Frank Berton.

« Dans cette enceinte certains ne supporteront pas que je dise que je suis paysan », a témoigné Michel Welter, le directeur d'exploitation de la ferme, assurant être « très respectueux du bien-être des bêtes » au sein d'un groupement de producteurs réunis pour survivre.

Venus de toute la France, entre 1.500 et 4.000 manifestants selon les sources, s'étaient retrouvés dès le matin devant le palais de justice pour soutenir les prévenus. Parmi eux des dirigeants d'EELV et l'ancien porte-parole de la Confédération paysanne José Bové.