Les agriculteurs encourent trois à cinq fois plus de risque de développer un cancer de la peau en raison de leur surexposition au soleil. Pourtant, 56 % se déclarent indifférents à ses dangers, selon le docteur Mathieu Longet.

Petit-fils et neveu d’agriculteurs, ce futur médecin de campagne a présenté le 12 mai 2022 sa thèse dédiée au comportement des agriculteurs face au risque lié à l’exposition solaire. Or, d’après ses investigations menées dans la région de la Franche-Comté, la profession n’a pas conscience du risque encouru, estime-t-il. « Les 2367 réponses recueillies nous montrent l’insuffisante prise en considération de ce risque professionnel. »

« Le travail décide à notre place »

46,3 % des agriculteurs francs-comtois interrogés se déclarent en effet exposés au soleil entre 4 et 6 heures par jour, mais s’estiment dans le même temps « pas concernés » par le risque de cancer encouru. « Je fais mon boulot, je n’ai pas vraiment le choix », argument-ils ; « Peut-on travailler uniquement en dehors des heures ensoleillées ? » ; « Le travail décide à notre place ».

Leurs propos soulignent la difficulté de s’adapter à ce risque solaire, ainsi que son caractère très relatif. « Je pense qu’il y a des dangers plus graves dans notre profession », indique l’une des personnes interrogées ; « Vu les problèmes que l’on rencontre dans notre métier, les problèmes liés au soleil sont vraiment très secondaires. » Parmi leurs inquiétudes, ils évoquent les problèmes musculosquelettiques ou la dépression.

Peu d’agriculteurs se déclarent en conséquence protégés face aux méfaits du soleil. Ils utilisent en priorité le chapeau, mais toutes les protections vestimentaires sont insuffisamment portées et la crème solaire est mal acceptée, particulièrement chez les hommes.

Le cancer de la peau reconnu maladie professionnelle

Grâce à des analyses comparatives, Mathieu Longet montre que les hommes jeunes et sans diplôme seraient les moins informés de tous ces dangers. Pour améliorer le dépistage auprès de cette population à risque, plusieurs pistes doivent être réfléchies, selon l’expert :

  • Poursuivre la mise en place d’interventions régulières au contact des agriculteurs ;
  • Parvenir à une meilleure prise de conscience par des campagnes de prévention ;
  • Améliorer l’accès au dépistage cutané ;
  • Créer un statut de maladie professionnelle pour les cancers cutanés photo-induits.

Sur ce dernier point, Mathieu Longet préconise une réflexion au niveau national. Mise en place en Allemagne depuis 2015, la reconnaissance en maladie professionnelle de certains cancers de la peau a permis notamment de relancer des campagnes de prévention et de dépistage. L’obtention d’une indemnisation et d’une prise en charge au titre de maladie professionnelle pourraient par ailleurs être l’un des moyens efficaces d’adhésion à un suivi, selon le spécialiste.

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Pas assez de dermatologues en milieu rural

Le recours aux soins apparaît par ailleurs faible : 63,5 % des agriculteurs interrogés n’ont jamais bénéficié d’un examen cutané par leur médecin généraliste et 61,5 % par un dermatologue. « Un point largement souligné par les agriculteurs est l’accès au dermatologue, très difficile dans les territoires ruraux » où il faut au minimum six mois, pour la plupart, pour avoir un rendez-vous.

Le moindre suivi par les médecins généralistes est « plus étonnant », mais cela pourrait s’expliquer par un manque de confiance dans leur capacité de dépistage. Or, les médecins généralistes peuvent être un levier du dépistage cutané, à condition toutefois qu’ils soient « correctement formés à l’examen cutané et au repérage de lésions suspectes ».

Mathieu Longet souligne enfin l’intérêt de campagnes préventives menées par la MSA « pour permettre d’apporter des connaissances » sur ce sujet. Avec notamment la mise en place d’actions de sensibilisation ou de dépistage lors de l’organisation d’événements professionnels. Il recommande également une amélioration de la formation au sein des études en filières agricoles, ainsi qu’un meilleur suivi épidémiologique des cancers de la peau afin notamment de « mieux appréhender les coûts socio-économiques de cette affection ».

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Rosanne Aries