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Vent de reconquête foncière sur les îles

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Façade Atlantique - Vent de reconquête foncière sur les îles
Pâturage à l’île de Bréhat ; la municipalité veut agir pour favoriser les projets agricoles face à la spéculation foncière. © E. Maerten

Nerfs de la guerre de l’agriculture insulaire, l’accès au foncier et les transports maritimes ont été au cœur des quatrièmes rencontres agricoles inter-îles à Bréhat (Côtes-d’Armor) du 25 au 27 novembre 2021. Avec des pistes d’action concrètes au menu.

Sujet phare des rencontres agricoles inter-iles, organisées à Bréhat (Côtes-d’Armor) du 25 au 27 novembre 2021, les contraintes de l’accès au foncier mobilisent les énergies pour redonner des perspectives aux agriculteurs installés et à ceux qui projettent de le faire.

Spéculation et frais de transport

En plus de la spéculation, très décalée avec la rentabilité d’une exploitation, du microparcellaire ou encore de la précarité des modes de faire valoir, les agriculteurs insulaires doivent en effet composer avec des règles environnementales encore plus drastiques qu’ailleurs.

Sans oublier des frais de transport spécifiques qui surenchérissent les coûts de production (lire l’encadré). « Nous avons évalué à 5 000 euros par an le surcoût de transport moyen par agriculteur », précise Mary-Anne Bassoleil, animatrice du réseau agricole des îles atlantiques (Raia *), organisateur de ces rencontres.

À lire aussi : Contourner le surcoût du transport à Belle-Île (18/07/2017)

Comme le relève Georges Birault, président du réseau et du comité de développement agricole de l’île d’Yeu (Vendée), les échanges d’expériences conduites dans les îles montrent que le vent — encore léger — de reconquête foncière peut forcir… « à condition de mettre en concordance les volontés politiques de relocaliser les productions agricoles et les possibilités de le faire en matière de foncier ».

Des conventions avec les Safer

Face à la spéculation foncière, des conventions avec les Safer pour l’attribution de terres aux agriculteurs, la réhabilitation de friches ou encore des procédures de « biens vacants sans maître » constituent autant d’exemples-laboratoires à ciel ouvert. Avec une solide volonté des élus dans les communes concernées !

En matière de bâti, les PLU (plan local d’urbanisme) doivent tenir compte de la possibilité d’implanter des infrastructures agricoles indispensables. D’où les modifications ou révisions de PLU engagées ou en voie de l’être dans certaines îles, comme à Bréhat.

Contrecarrer la spéculation

À Belle-Île-en-Mer, Yeu ou Oléron, des politiques foncières spécifiques ont été élaborées. Ainsi, la mission foncière crée en 2018 à Belle-Île (Morbihan) et portée par quatre communes en relation avec la Safer a permis de mettre en place une grille de prix des terres. Celle-ci sert de référence pour des préemptions (26 depuis 2018) décidées par les communes mais effectuée par la Safer.

« La révision des prix aboutit à une forme de régulation du marché », constate Clémence Gourlaouen, chargée de mission pour les quatre communes et à qui on reconnaît « d’avoir les reins solides » face à un marché foncier qui aurait tendance à « délirer ». La pédagogie auprès des propriétaires étant un autre ressort important pour sécuriser les baux.

Réhabiliter les friches

Il en va de même pour la réhabilitation des friches telle que celle conduite à Oléron (Charente-Maritime). Avec 20 % de la surface de l’île enfrichée, la communauté de commune a créé en 2011 un poste dont l’activité comprend aujourd’hui l’acquisition de friches auprès de propriétaires, la constitution d’îlots de culture, l’attribution de parcelles à des candidats retenus et leur remise en état. La procédure des biens sans maître est également mise en œuvre pour récupérer, dans le domaine communal, des parcelles dont le propriétaire est décédé depuis plus de 30 ans.

Au cours de ces journées inter-îles, les participants agriculteurs ont pu constater que la ténacité commençait à payer. Et qu’un consensus autour de l’agriculture insulaire pouvait se dessiner en instaurant un climat de confiance entre les citoyens, les élus, les ONG et les agriculteurs.

Éric Maerten
Transport maritime : « continuité territoriale » revendiquée

Pour un agriculteur insulaire, tout peut vite devenir compliqué… et cher en matière de transport. Comme traverser pour faire réparer une machine !

Évalué à 5 000 euros, en moyenne par agriculteur et par an au sein du réseau agricole des îles atlantiques (1), le surcoût masque en réalité une forte hétérogénéité entre les îles… et les compagnies ou services qui les desservent.

Ne serait-ce qu’en qualifiant les intrants agricoles, comme l’alimentation animale, en biens de première nécessité, il serait possible de faire reconnaître les particularités insulaires.

Le réseau envisage aussi une action commune pour faire valoir la « continuité territoriale » afin que le coût de transport maritime soit le même que celui par camion sur le continent.

(1) Le Raia rassemble 16 îles de la façade atlantique.
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