Selon une étude publiée le 18 juin 2021 dans la revue One Earth par Gilles Billen et ses collaborateurs, chercheurs au CNRS, l’agriculture biologique pourrait nourrir l’Europe à l’horizon de 2050. Pour cela, trois leviers doivent être actionnés.

Le premier impliquerait un changement de régime alimentaire, pour consommer moins de produits animaux. Pourquoi ? Parce qu’en bio, les rendements sont inférieurs à ceux de l’agriculture conventionnelle.

L’idée est donc de consacrer moins de surfaces à la production de matières premières pour l’alimentation animale au profit de l’alimentation humaine. Cela permettrait aussi de réduire les importations de soja et conduirait à limiter l’élevage hors sol.

La souveraineté protéique en question

Le deuxième levier proposé est l’application des principes de l’agroécologie, avec la généralisation de rotations de cultures longues et diversifiées intégrant des légumineuses fixatrices d’azote.

Les auteurs de l’étude estiment que cela permettrait de se passer des engrais azotés de synthèse et des pesticides.

Les chercheurs ont travaillé sur la balance commerciale de l’Europe en termes de protéines animales et végétales. « Depuis les années cinquante, on a assisté à une spécialisation de la production agricole », explique Gilles Billen. Si l’étude montre que l’Europe est aujourd’hui importatrice nette de protéine, le scénario 100 % bio envisage qu’elle devienne exportatrice nette. »

Évolution depuis 50 ans des échanges extérieurs de l’Europe en matière de produits alimentaires. © Gilles Billen

L’Europe n’importerait plus de protéines et continuerait à en exporter mais seulement à hauteur de 20 % du niveau actuel.

Le dernier levier examiné par l’étude consisterait à rapprocher sur le plan géographique, cultures et élevage, considérés comme souvent déconnectés et concentrés dans des régions ultra-spécialisées. L’objectif : un recyclage optimal des déjections animales.

© Gilles Billen

Une baisse des exportations

Le modèle utilisé par les chercheurs prévoit une baisse de 80 % des exportations de céréales et de produits animaux de l’Europe. Seules les exportations de produits destinés à l’alimentation humaine continueraient. Cela représente 20 % des exportations actuelles. Les céréales vendues pour l’alimentation du bétail disparaîtraient des échanges internationaux à l’horizon de 2050.

Renaud d’Hardivilliers