Les grands diseurs font-ils les grands faiseurs ? « Les agriculteurs veulent vivre de leur travail, de leurs terres et de leurs compétences », a lancé le Premier ministre devant les nouveaux députés de l’Assemblée nationale, lors de sa déclaration de politique générale, le 4 juillet 2017.

S’il est heureux qu’Édouard Philippe ait mentionné le secteur agricole dans cet exercice de style, le constat n’est pas original… Et l’effort n’aura pas été plus loin : ni annonces, ni précision sur l’action gouvernementale en faveur des paysans. Seulement une énième confirmation de la tenue des États-généraux de l’alimentation (EGA) cet été, pour revoir « le partage de la valeur dans le modèle agricole ».

Une priorité qui se fait attendre

Promesse électorale du candidat Macron, les EGA sont présentés comme « une priorité » par le gouvernement. Et Édouard Philippe de reprendre les éléments de langage présidentiel, maintes fois répétés : « Il n’est pas admissible que des agriculteurs ne puissent pas se verser un revenu décent et vivent sous le seuil de pauvreté ! »

Or à peine 24 heures plus tard, on apprenait du ministère de l’Agriculture un report de la date de lancement officielle de ces États-généraux, prévus initialement le 10 juillet. Raison invoquée : la difficulté de faire coïncider les agendas des parties prenantes, en particulier ceux des ministres intéressés (Agriculture, Enseignement, Recherche…). Emmanuel Macron veut le plus grand monde avec lui pour son discours d’ouverture…

Celui-ci pourrait ainsi être reporté d’une dizaine de jours, « autour du 20 juillet ». Hasard du calendrier : la commission des affaires économiques du Sénat a prévu d’auditionner Stéphane Tarvert, ministre de l’Agriculture, aux manettes des EGA, le 19 juillet. Les rendez-vous se bousculent…

Premiers résultats attendus en octobre

Les huit ateliers du premier chantier des États-généraux, consacrés à « la création et la répartition de valeur », devaient initialement débuter le 17 juillet. Ils commenceront « dans la foulée » du discours de lancement, promet-on, afin de ne pas presser davantage un calendrier déjà bien serré. Car la date de restitution des travaux est maintenue au mois d’octobre, avant les négociations commerciales de 2018.

Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, s’était déjà inquiété la semaine dernière, par l’intermédiaire de la Confédération paysanne, de ce tempo précipité. Il n’aura obtenu qu’un délai pour le second chantier, consacré à « une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous » : celui-ci devrait s’achever à la fin de novembre, au lieu du 30 octobre.

Il reste que sur la question des prix et des marges dans la chaîne agroalimentaire, le pari calendaire est risqué : de nouvelles évolutions législatives sans ampleur passeront mal sur le terrain. Le gouvernement joue ici sa crédibilité.

Alain Cardinaux