Mercredi 11 octobre, dès 9 heures, les Parisiens passant par la place de la République ont pu échanger avec des agriculteurs. « Quelqu’un est venu me dire que ça lui est égal de savoir si les agriculteurs gagnent bien leur vie, lance une membre de la FNSEA venue distribuer des tracts de sensibilisation. Sous prétexte que, selon cette personne, ce ne sont que des pollueurs. »

Pas toujours facile d’échanger avec les urbains, venus voir en coup de vent les stands avant de repartir, pressés par leurs horaires de bureau. « J’essayerai de repasser en fin de journée avec mon fils, promet une jeune femme. C’est l’occasion de lui montrer ce qu’est une vache, et un mouton. »

Mais la manifestation, portée par la FNSEA et Jeunes Agriculteurs, n’est pas un salon de l’agriculture. Les syndicats ont fait le déplacement jusqu’à Paris ce 11 octobre, car c’est ce même jour que le président de la République doit se prononcer sur les premiers travaux des États-généraux de l’alimentation (EGA).

Amener le consommateur à réfléchir aux EGA

Près de 300 agriculteurs des quatre coins de l’Hexagone se sont rassemblés sur la place de la République. Chaque région présente aux passants ses productions locales, et martèle ses qualités, ainsi que le prix que cela coûte de fournir au consommateur céréales, fruits, légumes, lait ou viande « bien produites ». Une façon de les mener à réfléchir aux EGA : savoir quelle alimentation le consommateur veut voir demain dans son assiette, mais aussi quel revenu les agriculteurs peuvent en tirer.

« Un agriculteur sur deux gagne moins de 350 € par mois, rappelle Samuel Vandaele, secrétaire général de JA, lors d’une conférence de presse au pied du monument à la République. Aujourd’hui, nous distribuons des quizz, et faisons une enquête auprès des concitoyens pour savoir s’ils sont prêts à changer leurs méthodes d’alimentation. »

« Votre alimentation a un prix »

« Si nous affichons en grand, sur des panneaux, « votre alimentation a un prix », c’est pour sensibiliser le concitoyen au fait que sur l’ensemble du territoire, l’agriculture est importante, qualitative, et que ces choses-là se monnaient », déclare Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, avant de revenir sur les EGA.

Les agriculteurs présents sur cette manifestation attendent des signaux importants de la part du président de la République. « Notamment pour protéger les agriculteurs au travers d’un encadrement législatif, sur les promotions par exemple, poursuit le responsable syndical. Car elles sont toujours appliquées au détriment du prix payé au producteur. »

Les syndicats reviennent également sur la nécessité de renforcer les organisations de producteurs (OP). « La contractualisation a tout son sens, mais nous voulons y intégrer nos coûts de production, dit Jérôme Despey. Lorsqu’on parle de commerce, ce qu’on veut c’est être sécurisés vis-à-vis du droit à la concurrence à l’échelle européenne. Il faut nous donner les moyens, dans un cadre interprofessionnel, de parler de prix, de volumes. »

Samuel Vandaele insiste : « Nous ne voulons plus subir. Nous voulons un prix, un volume, une durée, nous voulons une sécurité et de la cohérence, pas toujours plus de normes et d’interdictions. » Il rappelle aussi que des accords commerciaux avec le Canada ou le Mercosur pourraient menacer la production européenne avec des produits qui ne respectent pas les exigences de l’Union européenne.

Hélène ChaligneJournaliste web