« Il y a des territoires qui n’ont plus le temps. Si l’on n'agit pas maintenant, ils vont mourir. » Antonio Saz, très présent dans les médias espagnols ces derniers mois, a le don de la formule choc. Coordinateur national du mouvement citoyen España Vaciad (l’Espagne vidée en français), il sait que l’heure est plus que jamais en sa faveur pour se faire entendre.

Inédit, ce regroupement de 170 collectifs issus de territoires ruraux dépeuplés a finalement décidé, après plusieurs manifestations, de sauter le pas en septembre dernier en se présentant aux élections locales et nationales de 2023. Avec d’ores et déjà un premier baptême du feu, le 13 février 2022, dans cinq des neuf provinces de Castille-et-León, au nord-ouest du pays.

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Sur les pas de Teruel Existe

« Il ne s’agit pas d’un mouvement planifié. C’est le résultat d’un manque d’attention et de mesures erronées pour notre équilibre territorial », poursuit Antonio Saz dans le média The Objective.

Selon des experts comme Franciso et Pilar Burillo, l’Espagne compterait dix zones très faiblement peuplées, qui représenteraient 54 % de la superficie du territoire et seulement 5 % de la population. Certaines provinces ont vu, par endroits, leur densité atteindre 8,6 habitants au km2. Dans le rapport annuel de 2020 de la Banque d’Espagne, 42 % des municipalités étaient exposées, à terme, au risque de forte décrue de leur population.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les zones rurales du pays sont représentées en politique. En 1999 fut créé Teruel Existe, un parti visant à dénoncer l’abandon de cette province de la région de l’Aragon. Et qui, lors des dernières élections générales, a conquis un siège de député, en la personne de Tomás Guitarte, et deux de sénateurs. En l’espace de deux ans, ces derniers ont réussi à impulser la constitution d’un ministère spécifique dédié à la transition écologique et au défi démographique.

En mai 2021, le gouvernement de Pedro Sanchez a également déroulé un vaste plan de 136 mesures, doté de 10 milliards d’euros, pour inverser la tendance dans ces régions. Parmi ces mesures figurent aussi bien des initiatives pour favoriser le tourisme durable que la formation de jeunes agriculteurs et éleveurs, ou encore la promotion d’internet dans les zones reculées. Une première avancée pour les tenants de ce parti qui réclament néanmoins plus d’actions plus concrètes.

Un nouveau modèle durable

España Vaciada fera-t-elle mieux ? Tomás Guitarte, qui soutient l’initiative, espère bien aller plus loin : « Notre proposition est de réorienter et de corriger le modèle actuel, pour une croissance et un développement durable, avec en ligne de mire un équilibre territorial, afin que cela devienne une priorité pour n’importe quel gouvernement et à n’importe quel échelon. »

Certains sondages se sont risqués à faire des prévisions sur les chances de succès de ce parti aux prochaines élections générales de 2023, et avancent quinze sièges potentiels.

Marjorie Cessac