Hier, jeudi 24 octobre, a été diffusé la sixième émission d’« Envoyé spécial » sur l’agriculture de l’année. Les réactions du monde agricole et de plusieurs médias suite aux cinq premières émissions ont-elles eu un effet ? Pour une fois, le monde agricole avait lui aussi réellement la voix au chapitre, alors qu’Élise Lucet avait fait preuve de moins d’impartialité les fois précédentes.

Encore de nombreux bais journalistiques

Malgré une amélioration, le reportage comprenait encore beaucoup d’erreurs. Le maire de Langouet défend son arrêté anti-pesticide avec un argument incohérent : « Les pesticides de synthèse ne sont pas des vitamines. Or on en retrouve dans notre alimentation et on retrouve dans notre air ». Il oublie que l’alimentation des Français ne vient malheureusement pas que de France, et encore moins des potentielles zones non traitées (ZNT).

Selon le reporter, « Langouet promet à ses habitants une vie sans pesticide et en autosuffisance ». Mais où est ce que la ville se fournit en poisson, en chocolat et en énergie ? Les habitants de Langouet ne sont d’ailleurs pas dupes. Ils savent que leur bulle verte « ne les protège pas du monde extérieur » précise le journaliste quelques minutes plus tard. Le maire avoue cependant que c’est la société qui a mis les agriculteurs dans la chimie. Cyrille Milard, président de la FDSEA Seine-et-Marne et interviewé par Envoyé spécial estime que l’émission reste à la superficie des problèmes.

Qui était installé en premier ?

Des habitants interrogés avouent avoir quitté les villes pour pouvoir échapper à la pollution. Mais à moins que ce déménagement n’ait eu lieu au début du XXe siècle, ce qui ne semble pas être le cas, ces deniers devaient avoir connaissance des pratiques agricoles au moment de leur emménagement. « Maintenant les maisons sont près des exploitations parce que les lotissements ont grandi. Ce ne sont pas les agriculteurs qui sont allés près des villes, c’est l’inverse » précise Jimmy Guérin, agriculteur à Langouet.

Autre exemple chez Fabrice Subirada, à « Savigny-le-Temple, en région parisienne, une ville nouvelle sur d’anciennes terres agricoles ». Le journaliste lui-même explique qu’« avant que la ville nouvelle ne grignote jusqu’à 200 hectares de champs par an, Savigny était un village ». Le village est passé de 800 à 35 000 habitants.

Un nombre important de cancers ont été enregistrés mais aucun lien scientifique n’a été fait avec l’usage des produits phytosanitaires. Beaucoup d’autres causes non agricoles sont possibles.

Par ailleurs, l’habitant qui se plaint des produits phytosanitaires montre un champ en friche. Un simple regard permet donc de mettre en doute l’intensification de l’agriculture voisine.

Une réduction de la surface cultivable

« À chaque fois, on est évincé au profit de la ville nouvelle » témoigne Bruno Thirouin, l’un des derniers agriculteurs locaux. L’arrêté municipal réduira un de ses champs de 10 à 6 hectares. Une question de légitimité dans l’utilisation des terres se pose alors : puisque les agriculteurs travaillaient leur terre avant l’arrivée de la ville, est-ce à eux de changer leur pratique ?

La FNSEA estime que 15 % des terres agricoles françaises seraient concernées.

Habiter en ville ou à la campagne ?

Le reportage montre un dialogue difficile entre les agriculteurs et les riverains. « On essaye de converser avec les personnes mais les gens de la ville veulent à la fois être à la campagne mais ne pas avoir les inconvénients de la campagne ».

L’IFT du maïs.

Autre erreur d’interprétation : l’interview de Catherine, une habitante riveraine de champs de maïs. Le journaliste précise que ces champs sont traités plusieurs fois par an. Quand on connaît les interdictions progressives de produits phytosanitaires sur la culture du maïs et son indice de fréquence de traitement (IFT) actuel, on peut se poser des questions sur la pertinence de l’exemple. Rappelons que généralement le maïs est seulement désherbé. Il n’est donc traité qu’une voire deux fois par an. Des tumeurs et des maladies de pied non expliquées médicalement sont appelées pour renforcer l’argumentaire, mais encore une fois, rien n’est prouvé scientifiquement.

Par ailleurs, les traces blanches sur la voiture ne sont peut-être que de la chaux.

Pas seulement dans l’agriculture

Lors de son face-à-face avec Élise Lucet, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA demande que chaque secteur prenne ses responsabilités, y compris celui des teintures de cheveux que la journaliste semble utiliser elle-même.

Renaud d’Hardivilliers