C’est un casse-tête. « Alors que monts et merveilles ont été promis autour des crédits carbone, un cadre lisible de ce marché peine à être trouvé », a expliqué Anaël Bibard, président de Climate Agriculture Association, à l’occasion d’un webinaire organisé le 31 mai 2022 par La France Agricole Factory sur la décarbonation de l’agriculture.

La Commission européenne devrait statuer sur un cadre réglementaire d’ici à la fin de 2022. En attendant, afin de mieux cerner les enjeux de la décarbonation de l’agriculture et de tracer sa propre feuille de route « bas carbone », La France Agricole Factory vous propose d’explorer le sujet avec cinq experts, dans ce webinaire sur la décarbonation de l’agriculture.

« Un changement de métier »

Une incompréhension est aussi née autour de la vente de cet actif immatériel qu’est le carbone : « Il ne s’agit plus de nourrir des ventres mais une image, reprend Anaël Bibard. C’est un changement de métier et de marché à appréhender », poursuit-il. Seuls près de 2 % des agriculteurs sont aujourd’hui engagés dans une démarche carbone.

« Les agriculteurs ont besoin de savoir où ils vont. » Afin de faciliter la structuration du marché, le fondateur de Farmleap a créé avec huit autres structures, l’interprofession du carbone agricole. « Notre but est d’aboutir au paiement des crédits dégagés par les agriculteurs. »

Valoriser ses pratiques

« Le rôle de l’agriculture en matière de stockage de carbone est aujourd’hui reconnu mais pas ses efforts, relève de son côté Emelie Halle, responsable d’OleoZE chez Saipol. Pourtant, un marché existe. En témoigne l’accueil fait à notre solution. » La filiale du groupe Avril a lancé, en février 2020, OleoZE, un service d’achat des graines de colza et tournesol valorisant les pratiques culturales de conservation des sols en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Nous captons les pratiques mises en œuvre sur les parcelles de colza et de tournesol pour calculer un score de réduction des émissions de gaz à effet de serre et ensuite en obtenir une valorisation sur le marché des biocarburants. » Le prix de ces graines « durables » bénéficie d’un « bonus GES » pouvant aller jusqu’à 50 €/t. Environ 4 500 agriculteurs en bénéficient aujourd’hui.

Améliorer sa résilience face aux aléas climatiques

Pour Elise Bourmeau, directrice du conseil de l’agriculture et de la bioéconomie au sein du cabinet Greenflex, si l’offre et la demande autour des crédits carbone peinent à se rencontrer, les agriculteurs ont quand même intérêt à se lancer dès aujourd’hui dans une démarche carbone. « Au-delà des revenus, c’est la résilience de son exploitation face aux aléas climatiques qu’il faut aller chercher. Travailler sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, c’est aussi travailler sur sa consommation et/ou dépendance aux ressources fossiles, en développant par exemple la production d’énergies renouvelables, ou en améliorant la performance énergétique de ses outils et de ses bâtiments. »

Dégager des cobénéfices

« Il ne faut, en effet, pas faire du carbone une fin en soi, soutient également François Dufour, coordinateur filière et environnement régional chez Corteva Agriscience, mais regarder ce que le changement de système peut apporter dans sa globalité et voir tous les cobénéfices en matière de biodiversité, d’amélioration de la structure du sol, de qualité de l’eau… »

D’autant plus que « ces pratiques durables impliquent des frais mais aussi un changement d’organisation du travail, complète Katia Samson, conseillère en production végétale à la chambre d’agriculture de l’Oise. Pour autant, le diagnostic carbone d’une exploitation par exemple n’engage à rien, mais il permet de faire le point sur un plan agronomique. On entend parler d’agroécologie, d’écorégimes, etc., c’est le moment de se situer ou d’au moins faire un test afin que chacun procède ensuite, selon son projet d’exploitation. Il y a plein d’avantages agronomiques à se lancer dans des réflexions sur des pratiques plus durables, sans forcément parler stockage de carbone. »

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