« Une partie de notre activité doit être considérée comme mission de service public, en proposant un accompagnement aux agriculteurs qui en ont besoin », a déclaré Dominique Geoffroy, expert foncier, en conclusion de la journée de formation organisée le 3 mars 2017 par la confédération des experts fonciers sur les difficultés des entreprises agricoles.

Un maillage précieux

Les experts fonciers, par leurs activités diverses (expertise immobilière en vue d’une vente, expertise climatique pour l’assurance…), parcourent le territoire et sont témoins, souvent avant les organismes agricoles, de problèmes vécus par les exploitants, qui peuvent vite devenir importants, parfois sans autre solution que la liquidation.

« Les agents des organismes sont pour la plupart très compétents techniquement, assure Dominique Geoffroy. Ils savent réaliser des études prévisionnelles ou des diagnostics. Mais ils sont de moins en moins nombreux à enfiler les bottes pour parler d’égal à égal avec les agriculteurs. Or, les confidences les plus profondes se livrent plus à l’occasion d’une visite sur le terrain, que dans un bureau dans lequel l’exploitant ne se sent pas à l’aise », raconte-t-il d’expérience.

La prévention en action

Pour repérer les situations qui dérapent financièrement et accompagner dans leur redressement des agriculteurs souvent seuls face à leurs difficultés, les experts fonciers constituent un maillage précieux sur le territoire. Certains, comme ceux qui se sont constitués en GIE « Réseau Emergens » sont spécialisés dans l’accompagnement judiciaire. Mais ils ne sont pas les seuls. « Surtout, nous devons tous être sensibilisés à ces questions, ne serait-ce que pour expliquer les procédures et orienter les agriculteurs », souligne Dominique Geoffroy, qui est également conciliateur depuis une vingtaine d’années dans le cadre de règlements amiables.

Règlement amiable, sauvegarde, redressement et liquidation. Ces dispositifs, méconnus des agriculteurs et de leurs conseillers, sont trop souvent délaissés ou empruntés trop tard. Les experts qui intervenaient vendredi à la tribune n’ont eu de cesse de le rappeler : il faut sensibiliser, démystifier ces « procédures collectives » et surtout, anticiper les difficultés pour intervenir le plus tôt possible. Ils alertent d’autant plus qu’ils voient de nouveaux dossiers pointer dans les prochains mois.

Arielle Delest