Le ministère de l’Agriculture vient de rendre public un premier bilan de la rénovation de la voie professionnelle (RVP), mise en place dans l’enseignement agricole depuis 2009.

Parmi les points notables, « la restructuration du cursus du baccalauréat professionnel et la diminution de sa durée de 4 à 3 ans ont permis d’aligner son parcours sur celui des autres baccalauréats. Il a ainsi acquis la même dignité que les autres baccalauréats, ce qui rassure les familles et contribue à valoriser l’image de ce diplôme », souligne le rapport. L’augmentation du nombre annuel de bacheliers professionnels agricoles attesterait ainsi, selon les auteurs, de l’élévation du niveau de qualification. Une réussite au regard des objectifs annoncés en 2009, qui cache d’autres faiblesses.

Difficultés en BTS

Le rapport souligne des résultats décevants quant à la poursuite d’études supérieures, autre grand enjeu de la réforme.

Dans le détail, « plus d’un bachelier professionnel agricole sur deux poursuit ses études. Leur taux de poursuite d’études, passé de 47 % en 2011 à 53 % depuis 2012, est supérieur à celui des bacheliers de l’Éducation nationale », détaille le document. Mais les résultats ne suivent pas. Seul un jeune sur deux entrés en cycle BTSA obtient son diplôme en deux ans : « Leur taux de réussite en BTSA (70,5 % en 2015) est inférieur à la moyenne de l’ensemble des candidats à ce diplôme. Leur taux d’abandon, voisin de 18 % en première année de BTSA, témoigne des difficultés qu’ils rencontrent dans ce cursus. Si ces résultats ont peu varié depuis la RVP, leur impact, appliqué à une population accrue de 60 %, s’est amplifié. ».

D’où la nécessité, selon certains, de créer une « année passerelle » pour mettre à niveau les élèves avant l’entrée en BTSA, ou de renforcer l’accompagnement individualisé…

Faible employabilité

Et sur l’insertion professionnelle ? « La mission ne dispose pas d’éléments probants lui permettant de conclure que cette réforme aurait eu un effet positif ou négatif sur ce point », est-il stipulé.

Moindre motivation pour l’emploi, baisse de la culture professionnelle, déficit de savoir-faire pratique…

Il est cependant fait état de retours négatifs : « La RVP aurait, selon certains interlocuteurs, affaibli l’employabilité des bacheliers professionnels. Leur moindre motivation pour l’emploi, la baisse de leur culture professionnelle, leur déficit de savoir-faire pratique, leur jeune âge, leur manque de maturité seraient imputables à la RVP, sans que la part réelle de la RVP dans ces évolutions soit établie. Des formations complémentaires après le bac pro, certificat de spécialisation ou certificat de qualification professionnelle, seraient nécessaires pour adapter les diplômés aux emplois offerts. »

Il est à noter que les auteurs de ce bilan invitent à la prudence dans l’analyse de ces éléments, estimant « prématuré » l’établissement d’un bilan complet des effets de la réforme. Difficile aussi de mener une évaluation exhaustive de la rénovation de la voie professionnelle et de comparer ses résultats à la situation antérieure à 2009, « en raison du manque de certaines données statistiques ainsi que de l’absence de recul sur l’application de la réforme et du contexte économique actuel ». Ces premières informations ont toutefois de quoi inquiéter…

Alain Cardinaux