Près d’un exploitant sur trois présente un risque d’épuisement professionnel, selon une étude menée sur la santé morale et physique des exploitants agricoles de Saône-et-Loire qui paraît ce 19 février 2020.

« Nous atteignons ici des records absolus ! », constate Olivier Torrès, à la tête de l’observatoire Amarok en charge de l’enquête. « Au cours de précédents travaux, nous avions pu observer que 17,5 % des chefs d’entreprise, en général, présentaient un risque d’épuisement professionnel. En agriculture, c’est le double ».

« Les agriculteurs sont de très loin les plus gros travailleurs »

Parmi les causes avancées, le sommeil et, directement lié, le temps de travail hebdomadaire arrivent en tête. 54 % des agriculteurs interrogés déclarent en effet dormir moins de sept heures par nuit.

Pour les deux tiers, la charge de travail s’élève à 50 heures par semaine. Parmi eux, 21 % affirment même travailler plus de 70 heures. « Ce sont de très loin les plus gros travailleurs », note Olivier Torrès.

En parallèle, le temps de repos fait figure d’anecdote. La moitié indique avoir en effet pris une demi-journée ou une journée de repos sur le dernier mois, 33 % ont pris deux à trois jours. Et plus d’1 sur 3 déclare n’avoir pris aucun jour de repos sur la période indiquée.

Au final, plus d’un tiers juge sa santé mentale « passable ou mauvaise ».

La fixation des prix, pointée aussi du doigt

« L’entrepreneur travaille beaucoup, mais il maîtrise en général son destin. Ce qui n’est pas forcément le cas des agriculteurs. La non-fixation des prix notamment donne à beaucoup le sentiment que leur destin leur échappe, poursuit le professeur de l’université de Montpellier et de Montpellier Business School. Ils ont le sentiment d’être coincés. Les critiques qui leur sont faites, rassemblée sous le terme de l’agribashing, leur pèsent aussi ».

Commandée par la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, l’enquête a été menée durant une année, auprès des 7 000 exploitations du département, sous la forme de questionnaires. 440 agriculteurs y ont répondu. Une première étude réalisée en 2018 dans les mêmes conditions, révélait déjà un grand risque d’épuisement professionnel.

Rosanne Aries