Sur les onze premiers mois de 2019, le Royaume-Uni a vu sa production laitière augmenter de presque 2 % par rapport à 2018. En Irlande, la progression atteint 6 %, selon la Commission européenne. Si ce regain de vitalité a permis au Royaume-Uni de réduire son déficit commercial laitier, le Brexit pourrait redistribuer les cartes.

Une collecte record

« L’année 2020 est le début d’une nouvelle ère pour l’industrie laitière britannique », souligne Chris Gooderham, du Conseil de développement de l’agriculture et de l’horticulture britannique (AHDB) dans un rapport publié le 9 janvier 2020. Du côté des opportunités, la vitalité de la demande mondiale sur le marché des produits laitiers, la remontée du cours de la poudre maigre et le boom de la collecte laitière locale pourraient profiter au secteur.

Suivi de la collecte laitière britannique entre 2016 et 2019. © Commission européenne

« Nos prévisions placent la campagne laitière de 2019-2020 [qui se clôturera à la fin de mars, NDLR] au plus haut niveau depuis presque trente ans, avance Chris Gooderham. Les livraisons cumulées sur 2020 devraient s’aligner sur celles de l’an passé, sauf épisode climatique particulier. »

Une perspective qui sera également conditionnée au ralentissement de l’érosion du cheptel laitier. Le spécialiste estime aussi que le marché des ingrédients laitiers, bien orienté, « ne devrait pas faire pression sur le prix du lait au cours du premier trimestre. »

D’après les estimations de la Commission européenne, le prix du lait payé aux producteurs britanniques s’est sensiblement effrité sur le second semestre de 2019. À hauteur de 329 €/1 000 litres, prix réel, en novembre 2019, il affiche une baisse de 5 % sur un an.

L’ombre du Brexit

Risques et opportunités vont de pair. La substitution progressive, mais durable, du beurre par les matières grasses végétales, la baisse des ventes de lait liquide, fromage frais et yaourt, les aléas climatiques et bien sûr le Brexit seront autant de challenges à affronter outre Manche.

« L’avenir hors de l’Union européenne se dessine progressivement, bien que la forme de la relation commerciale finale reste incertaine. La perspective d’une perturbation générale des échanges pourrait fragiliser notre chaîne d’approvisionnement », admet Chris Gooderham.

Forte dépendance au marché européen

99 %des importations laitières britanniques viennent de l’Union européenne.

Sur le marché des produits laitiers, le Royaume-Uni affiche un déficit commercial annuel d’environ 1,8 milliard d’euros. « Le Royaume-Uni importe l’équivalent d’un tiers de sa collecte chaque année, soit environ 5 milliards de litres d’équivalent lait provenant à 99 % de l’Union européenne, explique Antoine Auvray, économiste à l’interprofession laitière française (Cniel). Du côté des exportations, 75 % des envois laitiers britanniques ont pour destination la zone de l’Union européenne. »

Un fort remaniement de ce portefeuille client semble ainsi improbable sur le court et le moyen termes, d’autant que les échanges de produits laitiers et notamment de l’ultra-frais ne se prêtent pas aisément aux longs trajets. C’est pourquoi « un Brexit dur exercerait une forte pression sur les fabricants qui dépendent de la vente vers l’Union européenne », note l’AHDB. Avec les droits de douane, le prix des produits laitiers britanniques pourrait se retrouver déconnecté de leur environnement commercial.

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L’ensemble de ces arguments laisse à penser qu’un accord devrait être trouvé à la fin de l’année afin de préserver au maximum cette relation commerciale privilégiée. « Le déficit commercial laitier du Royaume-Uni s’est légèrement redressé en 2019 mais l’amplification de cette tendance n’est pas à l’ordre du jour outre Manche », ajoute Antoine Auvray, pour qui la question aides post-Pac pourrait également rebattre les cartes.

Inquiétude des éleveurs irlandais

S’il est difficile de prévoir l’impact du Brexit sur les filières laitières britanniques et européennes à l’aube de la période de transition, la situation est d’autant plus inquiétante en Irlande du Nord. « Un tiers de la production nord-irlandaise passe en République d’Irlande chaque année, soulève la dernière note de conjoncture du Cniel. La moindre perturbation à la frontière viendrait limiter cet afflux de lait et, par extension, mettre en danger les producteurs de lait nord-irlandais. Sans outil de transformation, ce lait qui ne pourrait plus être dirigé vers le sud serait alors détruit. »

Alexandra Courtya.courty@gfa.frJournaliste à La France Agricole, service de l’élevage