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Le lait liquide, talon d’Achille de l’industrie américaine

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Zoom Lait - Le lait liquide, talon d’Achille de l’industrie américaine
Deux transformateurs laitiers ont fait faillite en 2019 aux États-Unis. © C. Thiriet

Le prix du lait atteint des sommets aux États-Unis, mais la forte dépendance du secteur aux fabrications de lait de consommation a déjà causé la faillite de deux gros industriels en 2019. Chaque mois, Alexandra Courty, journaliste à La France Agricole, analyse un fait marquant du marché laitier mondial.

Coup de grâce. L’année 2019 a vu deux des plus grands transformateurs de lait américains fermer leurs portes. « Les dépôts de bilan de Dean Food et Borden Dairy illustrent le manque d’investissements et de diversification de la filière laitière américaine face aux évolutions des marchés », explique Loïc Moleres, chargé de mission économie à l’Association de la transformation laitière française (Atla).

La baisse de consommation domestique de lait liquide associée à la croissance du segment des boissons végétales fragilise les industriels américains, pour la plupart très orientés sur le lait de consommation. La récente intégration des filières agricoles par certains distributeurs comme Walmart n’arrange en rien leurs affaires. Malgré tout, la consommation totale de produits laitiers augmente.

Un prix du lait record

Du côté des éleveurs, « les dépôts de bilan se sont également accélérés entre 2015 et 2018 », indique l’AFP. Alors que la croissance de la collecte laitière américaine oscille habituellement entre 1 et 2 % par an, elle n’augmentait que de 0,3 % en 2019 (100 milliards de litres produits). « Le nombre d’exploitations est en recul de 9 % sur un an, contre une moyenne autour de 2 à 5 % avant 2018, note Loïc Moleres. Plus de la moitié des fermes se trouvent désormais au-dessus de la barre des 1 000 vaches laitières tandis que la moyenne nationale s’est hissée à 250 têtes. » Le rendement des laitières progresse (+1 % par an) mais le cheptel s’érode sensiblement.

Loïc Moleres estime néanmoins que cette érosion structurelle devrait ralentir en 2020 grâce à la remontée du prix du lait à la fin de 2019. D’après les données de la Commission européenne, il est passé de 310 €/1 000 litres à plus de 460 €/1 000 litres (prix réel) en l’espace d’un an, soit une hausse de près de 50 %.

Cette évolution fait suite à l’envolée du cours local du cheddar. Néanmoins, « si ce prix est élevé au regard des prix en vigueur en Europe et en Océanie, il n’est pas suffisant pour permettre à tous les producteurs, dont les coûts de production sont importants, de survivre. » La collecte est déjà repartie à la hausse au début de l’année (+1,2 % par rapport à janvier 2019).

Troisième bassin exportateur mondial

Les États-Unis exportent l’équivalent de 19 % de leur collecte annuellement, ce qui fait du pays le troisième exportateur mondial de produits laitiers, derrière l’Europe et la Nouvelle-Zélande. « Les États-Unis produisent plus que leur consommation intérieure depuis seulement 10 ans et sont excédentaires en matière protéique », précise Loïc Moleres.

La poudre maigre (700 000 tonnes en 2019), le lactosérum (400 000 tonnes) et les fromages ingrédients types mozzarella et cheddar (360 000 tonnes) sont les produits les plus exportés. L’an passé, la compétitivité de l’Europe sur la poudre maigre et la persistance de la peste porcine africaine en Asie ont plombé les exportations américaines sur les deux premières catégories. Au total, leurs exportations de produits laitiers ont diminué de 8 % en volume sur un an.

Trump tente de redresser la barre

Le président Trump cherche à choyer son électorat agricole. « Les récents et importants investissements dans le secteur agricole et la mise en place de taxes sur l’importation de certains produits laitiers européens (faisant suite au conflit entre l’Union européenne et les États-Unis sur la protection des indications géographiques) visent à protéger le marché intérieur », ajoute l’économiste de l’Atla.

« Malgré ce diagnostic alarmant et les récentes faillites, il ne semble pas que les entreprises laitières américaines, confortablement installées sur leur marché intérieur (prix au consommateur élevés) et largement soutenues par l’État, soient prêtes à réviser leurs stratégies. » Les agréments nécessaires à l’exportation de lait conditionné et d’ultra-frais sont également très contraignant et contribuent à garder le marché intérieur sous cloche.

Cette politique protectionniste combinée à un prix du lait plus élevé qu’en 2019 est de bon augure pour la filière laitière américaine au début de 2020 mais « la crise du coronavirus a déjà commencé à faire trembler les marchés ». Il serait également bon pour le pays de voir ses relations commerciales s’assainir avec la Chine, le Canada et le Mexique.

Alexandra Courtya.courty@gfa.frJournaliste France Agricole – Service élevage

Une filière administrée

Aux États-Unis, la filière laitière est administrée. Le lait collecté est revendu aux industriels à un prix fixé au niveau fédéral. Il existe quatre classes de prix selon les fabrications de l’entreprise (lait de consommation, ultra-frais, fromages/lactosérum et beurre/poudre).

« Chaque mois, l’administration américaine (USDA) calcule le lait acheté dans chaque classe par les entreprises de la transformation, explique Loïc Moleres, d’Atla. La moyenne pour chaque région correspond au prix à payer au producteur. »

Le delta potentiel entre ce prix et les factures aux transformateurs au sein de chaque coopérative de collecte est « équilibré par une caisse de l’administration américaine. »

Bien que le prix du lait collecté et vendu aux transformateurs soit différent, ils restent fortement corrélés.

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